secrets

J’aimerais ça te raconter mes yeux, t’expliquer que même s’ils semblent fuyants par moment, ce n’est pas du snobisme, je te jure. Je n’ai pas la prétention de me croire supérieure à qui que ce soit, même pas quand je bois un dry martini avec des olives farcies aux amandes.

J’aime même pas ça anyway.

Non, ce n’est pas un complexe d’infériorité, je t’assure. Je les ai vécues, les années de torture psychologique pour un pas grand chose. J’osais même pas me pencher pour attacher mes lacets devant tout le monde, tu vois le genre. C’est con, ça n’sert à rien. Tu fais juste t’enlever l’opportunité de te montrer au grand jour. Pourtant, c’est beau le Soleil, ça porte sur ses rayons l’odeur d’un jour plus libre. Ça chatouille, ça s’éclate sur tout ton tapis de peau, pis même en dedans.

C’est peut-être que tu m’intimides un peu, je t’avoue, mais toujours dans un mélange de fascination et de curiosité. Ce n’est pas de la gêne tant que ça, je me garde juste le plaisir de laisser planer le mystère. Aussi parce que je me vois mal arriver dans ton monde en y imposant le mien. Pas que je crois que ma réalité crie fort, mais parce que la rencontre de deux passés différents m’intéresse, pas la domination d’un empire. Ce n’est pas le mur de Berlin, mais quand même, y’a ce rideau entre nous qui ne nous dévoile de chacun que les ombres de nos silhouettes évasives dont la lumière du grand jour a bien voulu tiré portrait.

Je n’ai de toi qu’un croquis grossier. Je n’ai de toi qu’un tout petit souvenir, le temps d’un minime partage d’une parcelle d’instant. De toi qui cours pour attraper le bus en laissant voler quelques feuilles de ton porte-document. De toi qui se regardes dans le reflet de la vitre du métro en essayant de te recoiffer subtilement. De toi qui se plantes 5 minutes devant le comptoir à produits laitiers pour faire un choix réfléchi entre le yogourt grec au citron et le Silhouette aux fraises en spécial à 1,99$. De ce que tu dis à ton enfant pour le rassurer dans la salle d’attente chez le dentiste. De toi qui es dans ma vie en hors-champ le plus souvent, mais qui contribues tellement à l’authenticité de mon quotidien.

À toi que je ne connais pas, j’aimerais ça te raconter mes yeux. Te dire que si je n’ai pas soutenu ton regard dans la file du McDo, ce n’est pas par snobisme, par complexe d’infériorité ou par gêne, c’est parce que je me doute bien que tu ne connais pas l’ampleur de ce que tu m’inspires.

J’aimerais ça savoir si t’es le genre de personne à mettre du ketchup un peu partout. Que tu me dévoiles ce qui te fait chanter du ABBA sous la douche à 6h AM. Que tu me confies ce qui te fait briller d’existence, ce qui te fait crier de rage, ce qui te rend malade à un point où t’as les yeux flous tout le temps. Que tu me racontes la fois où les papillons t’ont brûlé le ventre à force de danser. J’aimerais ça que tu m’expliques tes yeux, pour que tu puisses comprendre les miens. Que pendant que j’hésite entre le trio MacPoulet pis le Joyeux Festin croquettes, tu me racontes pourquoi la sauce à Bigmac te fait penser à ta grand-mère.

C’est peut-être purement égoïste de ma part de vouloir découvrir ton univers avant de te dévoiler ce qui m’habite moi aussi, mais voilà, j’ai juste envie de te dessiner en une esquisse, en ce que j’ai capté de plus brut. De gribouiller sans finir les lignes, pour laisser place à l’imaginaire, pour continuer de carburer à l’inspiration. C’est ce qui me permet de ne pas me lasser de la vie.

Pas parce que je n’aurais pas voulu que notre rencontre dure plus longtemps, mais je ne voudrais surtout pas estomper la véracité de ce partage, dans toute sa petitesse et sa grandeur.

Je ne te connais pas, tu ne me connais pas. J’aurai sans doute oublié à quoi ressemble ton visage dans 2 semaines, mais pour un instant, tu m’as fait ressentir la beauté de l’ordinaire. Et tu as probablement changé quelque chose en moi, sans que tu ne le saches, sans que je ne le sache. Parce que tu m’inspires la vie, cher inconnu. Et par ton regard, tu me rappelles que j’en suis une moi aussi.

Je ne suis qu’une vague solitaire qui trouve refuge dans les marées des eaux inexplorées.

Photo : Tumblr

Contrairement à ce que racontait ma collègue et pote Maude Boutet dans son dernier article, moi, je me suis «garrochée» chez la première coiffeuse qui voulait bien me donner un rendez-vous. L’objectif : passez du châtain-blond-roux au brun chocolat. Attention, il faut savoir que ma crinière frisée n’était peut-être pas prête à une aussi grande métamorphose…

Les semaines passaient et je voyais mes cheveux arborer des tons cuivrés et une repousse blonde s’installer lentement mais surement sur ma tête. De toute beauté quand je faisais mes exercices de journalisme à la télévision!

Après un rendez-vous chez la coiffeuse de ma ville natale, on ne pouvait rien faire. Un retour au châtain était impossible. Cependant, une bouteille venait me sauver.

C’est un secret de coiffeuse, faut pas le dire trop fort, j’ai eu une permission spéciale. Le shampooing de marque Head and Shoulders est un décapant à couleur. OUI MADEMOISELLE! Après une bouteille, nous serons capable de me ramener à ma tête chataîne, puisque ce shampooing enlève les surplus de couleurs.

Joie, maintenant répandez la bonne nouvelle.

Photo: Marie-Pierre Pruneau