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Dernièrement, on entend beaucoup parler d’Annie Villeneuve et de son album conçu à partir du financement socio-participatif. En résumé, Annie recueillait des fonds en échange de certains privilèges accordés aux collaborateurs.

D’abord j’étais sceptique quand j’ai entendu parler d’un financement socio-participatif. Pour je ne sais quelle raison, j’ai trouvé ça étrange. Quand l’annonce de la campagne a été faite, j’ai observé des gens dégrader l’artiste, l’insulter et lui dire qu’elle faisait de mauvais choix. J’y ai même participé en ne m’y opposant pas, en hochant la tête et en partageant des publications qu’on ne sait jamais si elles sont véridiques finalement.

Pas plus tard qu’hier soir, je faisais la leçon à mon frère sur les facteurs de l’intimidation.  Fais ce que je dis, mais pas ce que je fais. C’était un peu ça et c’était déplorable. C’est pour cette raison que je ne suis pas mal à l’aise d’écrire ouvertement que j’ai commis une erreur de laisser les gens parler ainsi, et de le penser aussi. Inconsciemment, je devais me sentir coupable parce que je suis allé fouiner. Je suis allé voir toutes les entrevues concernant le type de financement, les entrevues personnelles qu’Annie a données et les privilèges qu’elle accordait à ses fans. Tant qu’à avoir une opinion, soyons certains qu’elle soit bien fondée.

 

Ce que j’ai observé m’a surpris. J’ai vu une femme forte. Dès le départ je me suis senti mal, parce que la féministe que je suis aurait du l’appuyer sans réfléchir. J’ai aussi vu une artiste travaillant dur pour concrétiser son objectif de produire elle-même son cinquième album. Oui elle a fait Star Académie. Oui elle a été appuyée par Quebecor. Guess what, c’est loin d’être tous les candidats qui ont fait carrière.

*Pour faire carrière dans le milieu artistique il te faut 3 tasses d’acharnement, 2 cuillères à soupe de motivation, 1 tasse de talent et une pincée de folie. Parce que faire carrière quand t’arrives du fond de la Gaspésie ou du fond de Star Académie, ça demande beaucoup de travail. L’un n’est pas mieux ou plus facile que l’autre.

 

Bref, c’est quand j’ai vu une artiste oui forte et courageuse mais tout autant vulnérable que j’ai compris l’impact que l’opinion des gens peut avoir. Qu’un post Facebook peu être dévastateur. J’ai aussi vu le parcours très incertain et semé d’obstacles qu’Annie devait traverser pour arriver à son objectif. Et pour moi, quelqu’un qui franchit une ligne d’arrivée autant dans un marathon que dans les petits défis du quotidien, c’est admirable.

À bien y penser, si John Mayer demandait du socio-financement pour son prochain album, je débourserais bien plus que 350$ juste  pour aller lui voir la binette tsé.

C’était injuste de ma part, d’appliquer la règle pour un seul artiste. J’en suis donc venu à la conclusion que je venais de me tromper dans mes mesures solide.

D’où la naissance de cet article.

 

En terminant Annie, je veux te dire que d’abord et avant tout, je suis désolée d’avoir participé de loin à ce que je considère une campagne de salissage inutile. Après réflexion, je peux dire que je suis fière d’une personne qui fait preuve d’innovation, qui s’assume dans le changement et qui se salit les mains à produire son propre album.

Être une artiste venant du bout du monde qui fait carrière, qui fait jaser avec ses projets, ça dérange. Et c’est bien tant mieux.

Avant toute chose, tu es un être humain, une femme, et nous nous devons de tous de nous soutenir finalement. Merci pour ta sensibilité qui m’a remise à ma place et surtout, merci pour la musique.

 

Source: iheartradio.ca

Comprenez-moi bien, je n’ai jamais aimé la politique. Que ce soit les débats, les nouvelles lois ou les différents conflits internes, ça n’a jamais été un sujet qui m’interpelait. Toutefois, les choses ont changé lorsqu’un drôle de candidat s’est présenté à la course présidentielle américaine de 2016 : Donald Trump.

Comment, à notre époque, un homme tel que lui peut-il aspirer à un poste si important? Soyons honnête, contrôler les États-Unis d’Amérique revient à contrôler d’une certaine façon le monde. Au départ, en apprenant qu’il était candidat, j’avoue avoir ri. C’était drôle pour moi d’imaginer un homme comme lui au milieu de grands stratèges et d’hommes politiques influents. Jamais, bien au contraire, l’idée qu’il soit élu candidat de son parti ne m’avait effleuré l’esprit.

J’ai désenchanté, quelques semaines plus tard, quand il a officiellement été élu candidat du Parti républicain, en juillet. Choquée, je me suis consolée en me disant que les gens ne voteraient jamais pour lui. Quelle belle erreur!

Au début de sa campagne, Trump dominait déjà clairement les sondages. Cette tendance s’est maintenue jusqu’en août, au moment où ses remarques sexistes et racistes ont commencé à lui faire perdre de l’électorat. Mais même maintenant, un peu plus de 40% de la population a toujours l’intention de voter pour lui. C’est ce qui m’inquiète!

Heureusement, je ne suis pas la seule à être préoccupée. Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut-Commissaire de l’ONU, a estimé que Donald Trump serait «dangereux» sur la scène internationale s’il était élu comme président des États-Unis. Lors d’une conférence de presse à Genève, M. Zeid a expliqué qu’il n’avait pas pour habitude d’interférer dans les campagnes politiques. Mais au vu des commentaires «inquiétants» faits par Donald Trump, le Haut-Commissaire croit qu’il est important de briser le silence. «Si Donald Trump est élu, vu ce qu’il a déjà dit, et à moins que cela ne change, je pense sans aucun doute qu’il serait dangereux du point de vue international», a déclaré M. Zeid.

On comprend mieux les partisans d’Hillary! Et puis, comment soutenir un homme qui tient des propos à caractère xénophobes et sexistes tels que :

  • «Je vais pouvoir sortir avec elle dans 10 ans. Peux-tu croire cela?», en parlant d’une fillette de 10 ans à peine, à l’émission Entertainment Tonight en 1992.
  • «Quand t’es une star, elles te laissent faire. Tu peux tout faire. Les choper par la chatte», dit notamment Donald Trump à un animateur de télévision après une émission, alors que les micros sont restés ouverts.
  • «Si vous voyez quelqu’un qui essaie de jeter une tomate, mettez-lui une dérouillée, d’accord?», lance Donald Trump en février à ses partisans. «Je vous promets de payer les frais d’avocats».

Les quelques citations jointes ne représentent qu’un infime parti des discours à caractère haineux ou désobligeant du magnat de l’immobilier. Personnellement, je ne suis pas *vendue* Hillary Clinton, mais je voterais pour elle sans hésitation dans la situation présente. Bien que ses choix n’aient pas toujours été éclairés, elle nous prouve quand même qu’elle a une tête sur les épaules, entre autres lorsqu’elle a dit : «Un homme avec une longue histoire de discrimination raciale, amateur de sombres théories du complot tirées des pages de tabloïdes de supermarché et des confins d’internet, ne devrait jamais pouvoir diriger notre gouvernement ou commander nos armées».

Source : www.flickr.com

J’adore la chanteuse australienne Sia. J’adore sa voix, ses textes, sa musique, sa façon d’être. Alors dès que le fameux vidéoclip pour la pièce Elastic Heart est sorti,  je me suis empressée d’aller le voir, car je savais très bien que ce ne serait pas un cinq minutes perdu. D’autant plus qu’il met en vedette la jeune danseuse Maddie Ziegler, qui a déjà collaboré avec Sia pour la vidéo de la chanson Chandelier et qui m’a complètement jetée à terre. 

Et j’ai à nouveau été ébranlée. C’est plutôt rare que je regarde des vidéos de musique du début à la fin parce que c’est plutôt rare qu’il y en ait qui captent assez mon attention pour que j’ai envie de les visionner. Mais il n’a fallu que quelques secondes à Elastic Heart pour me charmer. Et j’ai dû passer un long moment de silence lorsqu’il s’est interrompu pour m’en remettre.

Oui, cette vidéo a fait parler, mais certainement pas pour les bonnes raisons.

Et comme Sia l’a dit en entrevue, le but n’était pas de déranger, mais plutôt de créer une émotion.

Qualifier le clip de «pervers» et «pédophile» ou encore «dégoûtant», c’est s’arrêter à la première image, ne pas tenter de comprendre l’histoire cachée derrière et ne pas remarquer le jeu magnifique des deux danseurs, actant en même temps.

Effectivement, Maddie, qui n’a que 12 ans, paraît très bien aux côtés de Shia Labeouf. Elle ne se ménage pas en expressions faciales et en cris, et tient tête à l’acteur qui a de nombreuses années d’expérience. Shia, quant à lui, est à nouveau incroyable et profondément touchant.

La chanteuse Sia souhaitait démontrer qu’une personne peut avoir deux côtés, deux opinions, un passé et un présent; et que parfois les deux ont du mal à cohabiter. Elle a donc choisi de l’illustrer au travers de deux personnes et le résultat est magnifique.

Et cela peu importe la différence d’âge qu’ont Shia et Maddie, ou le nombre de contacts entre eux.

Selon moi, toute cette indignation n’a pas sa place, pour la simple raison que la réaction générale n’aurait sans doute pas été la même si les rôles avaient été inversés et qu’un garçon de 12 ans avait dansé avec une femme de 30 ans.

Elle, l’aurait-on traitée de perverse?

Photo: Tumblr

Au cours du secondaire, en tant que fille, notre routine beauté occupe graduellement un bloc pas mal plus important dans notre horaire. On commence à se faire dire que se beurrer la face de crème Aveeno quand notre peau craque en sortant de la douche, c’est vraiment pas assez : il faut nettoyer, exfolier, tonifier, hydrater et répéter. Ensuite, on fait nos premières expérimentations – parfois catastrophiques, malgré les millions de tutoriels Youtube visionnés – avec le maquillage. Pour certaines, ça devient des produits pour les occasions spéciales, pour d’autres, une véritable drogue.

Ces filles-là, elles ont souvent le même discours. Nous l’avons tous entendu, le fameux «Ça m’aide à me sentir belle!» Perso, je pense que si ta confiance est directement proportionnelle à la quantité de cosmétiques que tu as slappée sur ta face, il y a un p’tit problème, la grande. Le maquillage, sauveur de l’estime de soi? I think NOT.

Pas une femme sur Terre n’est née avec la combinaison parfaite de cils fournis, peau de pêche, lèvres pulpeuses et autres numéros gagnants à la loterie de la beauté conventionnelle. Pourtant, nous sommes toutes obsédées par l’idée d’être imparfaites. Ça en est à un point tel qu’une star qui OSE s’afficher démaquillée peut suffire à faire la une des magazines qu’on ne peut pas s’empêcher de checker en attendant à la caisse.

Que dire de ces femmes qui se défendent en affirmant que le maquillage est un art et qu’il leur permet donc d’exprimer rien de moins que leur créativité? Pour l’application du maquillage, OK. Son port, par contre… disons que ça envoie un tout autre message. Prenons le gloss par exemple. À bien y réfléchir, l’effet de lèvres mouillées qu’il crée évoque quoi au juste…? Ihlala! Passons à la question suivante. Si le maquillage est tout simplement un art, nul besoin de sourciller quand une fillette de 8 ans rocke le look «eyeliner version panda» : elle développe son côté créatif! Et les gars, eux? Pourquoi ils ne joignent pas notre partie de plaisir?

C’est triste à dire, mais le maquillage est communément perçu comme une stratégie de séduction, un acquiescement à se faire sexualiser. C’est ce qui suscite autant d’effroi chez les musulmanes qui retournent la pareille aux Occidentales lorsqu’elles les accusent de se soumettre à l’homme en portant le voile.

Le rouge à lèvres, arme d’oppression massive? Ce serait une méchante longue histoire d’esclavage. Les premières formes de cosmétiques remontent à l’Égypte ancienne – Duh! on l’sait ben, Cléopâtre était chix dans Astérix et Obélix – , il y en avait jusqu’en Grèce Antique et même dans l’Empire romain. De la farine à la craie, en passant par la poudre de riz et les blancs d’œufs, les femmes mettaient leur santé en péril dans la quête d’une peau parfaite. Il y a même eu des cas de paralysie musculaire et de décès à cause du mélange toxique à base de plomb que les femmes appliquaient tout juste avant l’époque victorienne. Comme quoi ça peut aller loin, une fille soumise à un idéal hors de portée.

Pour venir à la rescousse de notre confiance en nous, bien des garçons clament haut et fort nous préférer au naturel. Le hic, c’est que ces gars-là s’imaginent que JLo est née avec la peau qui scintille. De toute façon, qu’est-ce qui leur dit que c’est pour eux qu’on flambe des centaines de dollars chez Sephora? – Pis nous? Si on s’aime pas au naturel?

En ce beau monde de consommation, ça fait l’affaire des industries qu’on soit insécures. On nous pousse à rejeter notre propre apparence pour ensuite nous vendre des moyens de contrôler quel visage on présente en public. C’est censé «accentuer ce qu’on a déjà». Ah ouin? On applique la même logique pour les talons aiguilles, les gaines, l’épilation, les brassières rembourrées, la liposuccion et les «bleachages» d’anus?

Photo: Flickr Commons

Il y a un peu plus d’un an, Carla Bruni a déclaré dans une entrevue avec le magazine Vogue qu’on n’avait «pas besoin d’être féministe dans [sa] génération». Venant de l’ex-première dame française, vous pouvez imaginer l’indignation générale qu’ont suscitée ces mots dans la sociosphère militante. Néanmoins, la femme de Sarkozy est loin d’être la seule de l’avis que le féminisme soit dépassé.

Confortablement assises sur notre droit de vote, notre (semblant de) place sur le marché du travail et notre contraception, il est facile d’oublier que le combat est inachevé. On nous remet constamment en pleine face notre privilège nord-américain, et j’avoue qu’à côté de femmes brûlées à l’acide, on se sent assez puériles en critiquant les standards de beauté diffusés dans les médias. Il n’en est pas moins important de garder l’œil ouvert pour ces petites injustices quotidiennes, entraves aux efforts de notre société pour atteindre l’équité. Elles sont subtilement intégrées à la vie de tous les jours, mais une fois remises en question, leur ridicule fait rapidement surface.

Les blagues de sandwich et de SPM seraient-elles non seulement surutilisées, mais aussi profondément dégradantes par hasard?

Y a-t-il une raison particulière pour laquelle nous contribuons à l’ascension dans les palmarès de chansons misogynes comme «Blurred Lines»?

Qui donc a fait en sorte qu’un des pires déshonneurs pour un p’tit gars soit de se faire battre par une fille? Croyons-nous vraiment que l’orgueil machiste s’évapore à la fin de la récréation?

Est-ce délibérément qu’on ignore que la disparité salariale est toujours un enjeu, ici, chez nous?

Comment Hillary Clinton, alors secrétaire d’État américaine, a-t-elle pu faire scandale simplement en se présentant sans maquillage lors d’une visite au Bangladesh?

Est-ce qu’on peut vraiment vanter notre liberté quand il n’est pas jugé sécuritaire pour la moitié de la population de se promener la nuit?

Comment se fait-il qu’un homme qui s’affirme fasse preuve de leadership, mais une femme qui fait de même n’est qu’une bitch?

Qu’est-ce qui rend acceptable de dévoiler ses seins sur un panneau publicitaire, mais pas pour allaiter?

Est-il normal qu’on ne sourcille pas quand l’habillement de la victime d’un viol est pris en considération? Comme si sa part de responsabilité dans sa propre agression sexuelle dépendait de la longueur de sa jupe. Comme si elle avait une part de responsabilité.

Je pense qu’on peut tous s’entendre sur la rhétorique de ces questions, mais ça ne change pas l’aversion qu’ont la plupart des filles à s’étiqueter «féministes». C’est bien malheureux que le mot «féminisme» traîne une connotation aussi négative. Certains frémissent à son écoute, alors on l’évite, un peu à la Voldemort… ou devrais-je dire «Vous-Savez-Qui»? Au même titre que le nom du Seigneur des Ténèbres, la mention de Vous-Savez-Quoi entraîne des plissements de nez comme si le mot portait une odeur désagréable. C’est peut-être dû aux fâcheux stéréotypes liés à la lutte.

Les militantes sont perçues comme des lesbiennes pas épilées, condescendantes envers les mères au foyer et qui veulent la peau de l’entièreté de la population masculine. Pourtant, il n’y a rien de radical à Vous-Savez-Quoi : pour s’y associer, il suffit d’aspirer à l’amélioration des droits des femmes. Ouf! Merci Larousse, on s’identifie pas mal mieux à ça qu’aux Femens, n’est-ce pas?! À bien y penser, la grande majorité des filles doit être féministe à son propre insu.

Quant à Mme Bruni, je lui demanderais : qui peut croire que l’ère du féminisme est révolue alors que son concept même se base sur l’égalité des sexes? Cette ère est loin d’être conclue : elle n’est pas encore amorcée.

Photo : Flickr