obsession

J’ai une histoire d’amour pas comme les autres. Je ne dis pas que ma relation est plus merveilleuse, plus belle, plus parfaite que toutes les autres relations. Je dirais plutôt qu’elle est particulière.

Ma relation a débuté lorsque j’avais 9 ans. À l’époque, j’étais une jeune fille plutôt calme qui passait ses journées à faire de la bicyclette et à lire de livres. Puis, l’amour est rentré dans ma vie comme si un gros autobus jaune m’était passé sur le corps. Jamais je n’avais ressenti quelque chose d’aussi fort. Mes temps libres étaient consacrés à cette personne et lorsque nous étions séparés, il occupait toutes mes pensées. J’étais jeune oui, mais je feelais le parfait bonheur et je me sentais invincible lorsqu’il était à mes côtés.

Puis, les jours, les mois, les années ont passé. Plus je vieillissais, plus ma relation amoureuse prenait de l’ampleur tant dans ma vie personnelle que professionnelle. Au début, je me suis dit que ce n’était qu’une mauvaise phase et que tout allait rentrer dans l’ordre. Or, ça allait de mal en pire. Je n’allais plus aux fêtes organisées par mes amis, car je ne voulais pas laisser mon amour seul. Je refusais les invitations au cinéma et mes notes scolaires chutaient comme des montagnes russes.

Un jour alors que je faisais de l’ordre dans ma chambre, je suis tombée sur un vieux bouquin que j’avais mainte et mainte fois lu quand j’étais plus jeune. Il y avait maintenant plusieurs années que je n’avais pas ouvert un livre. C’est à ce moment que je me suis réveillée. Cette relation m’étouffait. J’avais laissé de côté mes livres, ma bicyclette et petit à petit je mettais de côté mon réseau social. Il fallait que cette relation cesse. Elle m’intoxiquait.

Petit à petit, j’ai commencé à être plus distante. J’ai commencé à sortir un peu plus, j’acceptais volontiers les sorties au cinéma et mes notes scolaires ont repris le dessus. Pendant un moment, j’ai cru que j’avais pris le dessus sur cette relation qui me gâchait l’existence. Mais, j’ai bien vite vu que ce n’était qu’éphémère.

Bientôt, je passais mes jours, mes nuits et mes matins avec lui. Il était toujours avec moi. Partout où j’allais, il n’était jamais bien loin. Autour de moi, mes amis, mes camarades de classe et mes collègues de travail vivaient la même chose que moi. Eux aussi étaient pris au piège dans une relation dangereuse et ils n’y voyaient que du feu.

Cette année, j’ai décidé que j’en avais assez et, qu’il le veuille ou non, il allait sortir de ma vie… Du moins, il va prendre beaucoup moins de place qu’auparavant. Je vais me déconnecter. Mon cellulaire, mon portable et toute autre distraction technologique n’auront plus jamais d’emprise aussi grande dans ma vie. Sur ce, je vais éteindre mon ordinateur et je vais ressortir ce vieux bouquin que j’aimais tant lire lorsque j’étais plus jeune.

Photo : WeHeartIt

 

Au secondaire, j’ai été victime d’un trouble alimentaire. Le pire dans tout ça, c’est que toi aussi, peut-être. Selon des statistiques québécoises, près de 3% des filles entre 15 et 25 ans souffrent de troubles alimentaires.

Sauter des repas, m’entraîner comme une folle: voilà ce que je faisais. J’avais peur du nombre qui apparaissait sur la balance. J’ai perdu le contrôle assez rapidement et mon poids est devenu ma préoccupation principale. Je voulais être comme les filles qu’on voit sur Instagram. Avoir un ventre plat comme celui des mannequins de Victoria’s Secret.

En secondaire 5, j’ai obtenu un emploi dans un gym qui me permettait de m’entraîner sur les heures de travail. Ma mère m’apportait mon souper vers 17h et la plupart du temps, je ne le mangeais pas. Je picossais 2 bouchées et je jetais le reste. Je passais la soirée à m’entraîner. Quand je rentrais du travail, je mangeais une tranche de pain, car je mourrais de faim. Ensuite, j’allais dormir.

C’était devenu plus fort que moi: mon obsession de devenir toujours plus mince prenait toute la place dans mon esprit. Je ne voulais plus me nourrir correctement. Je préférais crever de faim plutôt que de manger des calories. Parce que oui, pour moi la nourriture n’était plus l’un des petits plaisirs de la vie, mais plutôt un nombre qui me pourrissait l’existence.

Je suis devenue faible, mais je devenais «toujours plus belle». Strong is the new beautiful, que je me disais sans cesse.

Je voulais des abdos. Je perdais du poids à une vitesse sensationnelle et j’adorais ça. Je mesurais 5 pieds et pesais 102 lbs.

Je ne dis pas que j’étais squelettique, mais si j’avais continué dans cette direction, ce serait arrivé, car je n’étais jamais assez petite. Je voulais plus, toujours plus. Mon bal arrivait et je voulais à tout prix entrer dans ma robe. Vous ne saurez jamais à quel point j’avais peur de la période des fêtes. Peur de ruiner tous mes efforts et de reprendre tout ce que j’avais perdu. Peur de tomber dans le chocolat et la tourtière et de devoir recommencer à 0, de redevenir «laide et grosse».

J’ai réalisé mon problème lorsque j’ai été à l’hôpital. Mes maux de cœurs étaient devenus de plus en plus fréquents, mais surtout, ma baisse d’énergie contrôlait ma vie. Je ne trouvais même plus le boost nécessaire pour aller à l’école. Ma mère m’a forcée à aller consulter. Mes parents ont remarqué ma baisse de poids flagrante et ma mère a compris ce qui m’arrivait.

Au début, ça été difficile de vouloir recommencer à m’alimenter normalement. Étant donné que mon estomac était habitué à manger peu, il ne trouvait pas la place pour toute cette nourriture, alors je vomissais. Encore aujourd’hui, il m’arrive d’être tentée de recommencer.  J’ai arrêté de m’entraîner à tous les jours, je me donne le droit de manger des sucreries et j’ai arrêté de passer mes journées à contempler des images de corps photoshoppées.

Ce message n’est pas pour m’apitoyer sur mon sort, mais bien pour aider quelqu’un qui pourrait être dans le même tourbillon que j’ai vécu.  Sache que tu n’es pas seule. Sache que tu peux t’en sortir. Ce sera peut-être difficile, mais je te promets que tu te sentiras mieux après.

Et sache surtout, que tu es magnifique peu importe ce que tu penses.

Photo : Tumblr.com

21e siècle. À l’ère de la performance à tout prix, de la surconsommation, du culte de la perfection et de l’innovation. Un monde occidental où industries et multinationales mènent la société par l’univers médiatique et la publicité. Pour une génération où diktats de société riment avec beauté. C’est le triste culte d’un physique parfait, plastique, prédéterminé.

 La minceur attire. La minceur dérange. La minceur obsède.

Notre société associe un corps mince à la volonté, à la séduction et au succès, tandis que le surpoids est perçu comme un signe de paresse et de lâcheté. C’est la dictature de la minceur, devenue omniprésente partout dans les médias et les publicités. Un exemple des plus flagrants de ce phénomène est le dernier scandale provoqué par la compagnie de vêtements suédoise H&M. Celle-ci a affiché sur son site des photos de mannequins présentant ses différents produits. Fait curieux, tous les corps, parfaitement minces, semblaient tous être identiques, mise à part la couleur de la peau. La compagnie a fini par avouer que les modèles ne se trouvaient non pas être de vraies femmes, mais bien de simples corps de synthèse générés par ordinateur, sur lesquels avait été collée l’image du visage d’un vrai mannequin. (!!!!!!!)

Est-ce là notre vision de la beauté en Amérique du Nord? De pâles copies conformes de tous et chacun, lesquelles sont de plus créées par ordinateur tellement notre idéal de perfection est devenu stricte. Ainsi, on ne peut ni se surprendre ni blâmer une génération de jeunes filles et de femmes qui, pour la majorité, ne sont jamais entièrement satisfaite de leur apparence ou bien de leur poids. Le message que notre société leur envoie via des campagnes publicitaires comme celle de H&M et de bien d’autres encore ne peut se traduire autrement que par un désir constant, qu’il soit conscient ou non, de la maîtrise absolue de son propre corps et de l’atteinte du poids idéal. Combien de fois a-t-on entendu une femme de notre entourage dire qu’elle ne peut se permettre tel ou tel aliment, ou bien, encore plus subtil, mais tout aussi réel, en entendre une autre dire qu’elle peut se permettre de manger un certain repas, du fait qu’elle n’a justement pas de problème de poids. Tout compte fait, c’est plus de 50% des femmes ayant atteint leur poids santé qui désirent tout de même maigrir.

Il faut prendre conscience que l’idée de ce corps qui répond aux attentes déformées de notre génération est présente dans l’esprit de chaque femme, affectant ainsi d’une manière ou d’une autre sa qualité de vie. Et cela dans l’intérêt de qui? Nombreuses seront celles qui diront que c’est pour leur propre satisfaction et leur estime personnelle…

En réalité, cette situation est invariablement reliée à l’immense industrie tournant autour de l’image corporelle. Il est question ici de compagnies de prêts-à-porter, de cosmétiques, de produits amaigrissants et de santé, de centres de conditionnement physiques et j’en passe. Ces propriétés capitalistes, pour la plupart américaines, réussissent à réaliser des profits astronomiques grâce à cette obsession de la minceur qu’elles ont créée, puis alimentée par la publicité, et par laquelle une majorité de femmes et de jeunes filles sont maintenant concernées.

Comme le déclare Naomi Wolf dans son livre The Beauty Myth (Quand la beauté fait mal, en français) : «Une fixation culturelle sur la minceur féminine n’est pas l’expression d’une obsession de la beauté féminine, mais de l’obéissance féminine.»

C’est à croire que nous, les femmes, qui nous sommes battues pendant des années afin d’acquérir nos droits d’égalité et de liberté, serions maintenant victimes et prisonnières de nos propres corps? Chacune d’entre nous doit prendre conscience du non-sens de cette situation, qui n’est qu’une arnaque du monde capitaliste dans lequel nous évoluons, pour ainsi nous placer au-dessus de celle-ci.

Bien sûr, la culture dans laquelle on vit nous dictera toujours un certain modèle de beauté à suivre, cela en est le cas pour n’importe quelle société du monde. L’important est toutefois de poser un jugement personnel afin de parvenir à voir la vraie beauté, non pas celle fade et artificielle d’une simple image corporelle, mais bien celle que l’on voit au-delà, à travers la diversité et l’unicité des gens. Car l’apparence d’une personne n’est qu’une infime part de sa nature, celle-ci étant largement complétée par sa présence, sa manière de parler, d’agir, sa personnalité, sa conception de la vie et son histoire. Et c’est cette part d’une personne, irrémédiablement reliée à son aspect physique, qui va venir confirmer la première impression, suscitée par son apparence, de par sa beauté ou sa laideur morale.

Ce n’est donc plus un cliché lorsqu’on dit que ce qui compte, c’est la beauté intérieure.

Appuyez la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée

Photo: We Heart It