diversité corporelle

Ce que la directrice du défilé de mode Ronde et Jolie, Poleen Beaulieu, désire le plus pour l’avenir, c’est l’absence de préjugés par rapport à la diversité corporelle. Ses propos ont été appuyés par deux des dix modèles-participantes, Katherine Sandy Thibeault et Tremblée Sue. L’événement mode faisait parti de la programmation de cette 4e édition du Salon de la femme qui avait lieu le 1er et 2 avril dernier, au Delta de Saguenay.

Poleen Beaulieu se désole des tabous encore présent dans l’industrie de la mode en 2017. Selon elle, puisque les designers de grandes  marques n’ont pas le même patron, c’est moins compliqué pour eux de créer des vêtements à cause des tailles régulières. D’ailleurs, si on compare les patrons de vêtements du Victoria’s Secret  à ceux de Ronde et Jolie, l’instigatrice de l’événement mode ne mâche pas ses mots. «Ce n’est pas à jour, car ce ne sont pas des tailles plus. Je crois qu’ils ont une clientèle bien précise à viser. La femme d’aujourd’hui n’est pas capable de se représenter au travers la taille du vêtement». juge la jeune entrepreneuse. Les tabous seront vraiment disparus lorsqu’il n’y aura plus d’étiquettes qui existera pour catégoriser le corps d’une femme, soit taille plus ou taille régulière, déduit-elle, tout en laissant transparaître une lueur d’optimisme au travers ses paroles.

Katherine Sandy Thibeault, quant à elle, ne baisse pas les bras par rapport à l’acceptation des formes multiples. « Je voulais montrer aujourd’hui qu’avoir des formes, c’est important», confie-t-elle. Peu importe l’habillement, qui nous sommes et notre grandeur, on s’en fiche», soutient celle qui a participé pour la première fois cette année au défilé.

«Je suis vraiment à 100% dans le cheminement de l’acceptation de mon nouveau corps, c’est pour ça que participer au défilé m’interpellait plus cette année», déclare Tremblée Sue, une femme qui a déjà eu recours auparavant à une chirurgie bariatrique afin de lutter contre cette image négative d’elle-même reliée à son poids. «Toute ma vie, je me suis battue pour être dans un mouvement où la société nous demandait d’être mince», explique-t-elle, faisant référence aux régimes, à l’exercice et à la privation. «La mode devrait se conformer la réalité et non à ce qu’elle veut véhiculer en tant que valeurs», termine-t-elle.

Un défi relevé

Malgré la difficulté d’acceptation de leur corps à laquelle elles ont dû lutter afin d’afficher publiquement leurs formes, les modèles de cette 4ème édition du phénomène Ronde et Jolie ont défilé la tête haute dans des vêtements grande taille signés Addition Elle et Mode Choc. «Un défi relevé à 110%», s’enthousiasme une autre des participantes à la parade de mode, Valérie Lavoie. «Si je peux, je le refais, c’est sûr», conclut d’entrain la jeune fille de dix-neuf ans.

«À bas le modèle unique de beauté et vive la diversité!», clament haut et fort un nombre grandissant de médias québécois ces dernières années. Dans une société où 50% des jeunes sont insatisfaits de leur image corporelle alors que trois femmes sur quatre souhaitent maigrir, selon les statistiques d’Anorexie et boulimie (ANEB) du Québec, un tel virage est plus que nécessaire.

Récemment, le magazine mode Clin d’œil a lancé en grandes pompes sa campagne #ViveLaDiversitéCD, un changement de cap inauguré dans le numéro d’avril. La promesse: des images dans lesquelles toutes les femmes pourront se reconnaître, peu importe leur âge, leur taille ou leur origine. Le magazine s’engage d’ailleurs à ne mettre en vedette que des modèles âgées de 18 ans et plus et à n’effectuer aucune retouche photo pour corriger les silhouettes.

Il s’agit d’une excellente nouvelle, considérant que «voir seulement trois minutes d’images de mannequins très minces augmente les sentiments de dépression, de honte, de culpabilité, d’insécurité, de stress et d’insatisfaction» chez la moyenne des femmes, indique une étude américaine citée dans le Journal of Social and Clinical Psychology.

Dans l’optique de combattre ce phénomène, l’organisme québécois ÉquiLibre présente depuis 2011 le Prix IMAGE/in pour féliciter les entreprises en faveur d’une représentation saine et diversifiée du corps dans le monde de la mode, des médias et de la publicité. Tout comme le magazine Clin d’œil, les finalistes de l’édition 2015 démontrent une volonté de changement dans la sphère médiatique.

C’est le cas des blogues montréalais Ton petit look et TPL Moms, reconnus pour leurs multiples textes en faveur de l’acceptation de soi. Le magazine Elle Québec se démarque également grâce à son numéro de juin 2014, mettant en vedette la mannequin taille plus Ashley Graham. Sans oublier le magazine Véro qui présente dans ses pages une variété de silhouettes depuis sa création.

Même si le combat est loin d’être gagné, l’ouverture des médias québécois à la beauté sous toutes ses formes amène un vent de fraîcheur dans un monde aux standards uniformisés.

Avec un peu de chance et beaucoup d’efforts, peut-être qu’une image corporelle saine sera un jour la norme sur les écrans et dans les magazines. Ça vaudra toujours mieux que les «dix meilleurs exercices pour un ventre plat».

Photo : Page Facebook du magazine Clin d’œil