cahier de bord

Après la pluie le beau temps qu’ils disent ? Pis après le beau temps, de retour la pluie et puis de retour le beau temps, mais à nouveau des nuages ah et puis une percé de soleil.

 

Une météo aussi stable que celle du Québec.

Ça, c’est leur réalité.

Vivre avec quelqu’un présentant des symptômes de bipolarité c’est pas toujours facile.

 

Parfois je l’avoue on se sent triste pour eux.

On se sent mal de les voir souffrir, de tomber si bas pour remonter si haut, plus haut que les nuages, vers l’infini et plus loin encore !

Parce que c’est ça : l’infini n’est qu’un concept illusoire, les limites semblent trop loin pour être prises en compte tout est possible et rien ne peut les arrêter. Rien, seulement eux. Jusqu’à ce qu’eux même ne cessent d’y croire et que tout tombe aussi creux que creux.

 

Mon père nous a déjà confié se voir comme un funambule.

« D’un jour à l’autre le filet qui avait en dessous de mes pieds n’existe plus, c’est à ce moment-là que je panique, que j’ai peur de tomber pis que j’ai peur du vide ».

En parlant avec d’autres gens souffrant de cette maladie, on comprend mieux.

« Tu te sens invincible, pis à un moment donné tu retiens ton souffle parce que t’as peur. Tu te rends compte que tes rendu trop loin dans tes folies pour oser regarder en arrière ».

Puis au contraire quand ça va bien, ÇA VA BIEN ! Tu leur gueulerais à plein poumon à tous ceux qui osent se mettre sur ton chemin : « ARRÊTEZ D’ESSAYER DE PETER LE PARTY ! »

« Pourquoi ils essaient de me mettre des bâtons dans les roues ? Ils ne comprennent pas. »

« J’ai de l’énergie, j’ai des idées, j’ai envie de vivre et d’être spontané ! Il est où le problème ? »

Le problème il est là. Toujours too much.

Toujours trop intense.

Et ils n’aiment pas ça entendre ça.

 

–t’es donc bin intense ?

–je ne suis pas intense, juste de bonne humeur. (De bonne humeur et envie de dépenser toutes tes économies des dernières années pour un nouveau télescope vue sur kijiji ?)

Ça sonne drôle comme ça hein ? Mais pourtant ils souffrent.

On en souffre tous.

 

On a tous des échos de ce qui se passe entre leurs deux oreilles.

Avec les années, le quotidien avec mon père je vois ça comme un parc d’attractions, un genre de fête foraine.

Cette fête on y est tous. Ses enfants, sa famille, ses collègues, tout le monde, mais à différent degré.

Et quand ça part, attachez-vous bien !

Parfois il est relax, on est comme dans le carrousel et puis un coup de vent et on embarque dans la montagne russe. C’est malgré nous et c’est frustrant parce qu’on s’y retrouve sans avertissement.

 

On s’accroche.

On n’a pas le choix de s’accrocher parce qu’on l’aime et on ne veut pas qu’il affronte la descente tout seul.

La descente parlons-en ! Contrairement à la montée, ça ne monte pas aussi lentement. C’est pas mal moins drôle aussi. Rendu en haut, au dernier clic mécanique de la structure on se rend compte que ce ne sera pas une descente sécurisée comme au parc d’attractions, on réalise que le bas on le voit pas, notre siège est soudainement moins stable et puis on file sans avoir le temps de prendre un dernier souffle. Accroche-toi, fais juste t’accrocher.

 

Pourtant, je ne trouve pas que c’est le moment le plus difficile… Pour moi ce moment-là est un peu un soulagement, c’est là que le dialogue devient possible.

Avec le temps on devient plus attentifs aux signes.

Avant une grande montée on le sent, on le sait ça s’en vient. On se prépare du mieux qu’on peut, mais on dirait qu’on est jamais assez préparés.

On le sait que ça s’en vient, il commence à parler parler et parler. Ses lèvres sont plus volubiles ses pensées plus rapides que tout ce qui peut se passer dans une tête. On tente de suivre du mieux qu’on peut, mais y’a pas de manuel pour nous guider, malheureusement.

 

J’ai maintenant 21 ans.

J’ai pris conscience de la maladie de mon père il y a seulement que quelques années. Avant, je pensais que c’était normal d’avoir un cochon vietnamien pendant 2 mois, de s’acheter 3 vélos (quand on n’a jamais fait de vélo) ou de changer d’emploi aussi souvent… Je pensais que tout était normal et que mon père était simplement spontané.

Je me rends compte que mon père souffre tout simplement.

Un matin, cette semaine, j’ai reçu un texto provenant de ma mère :

« Ton père a demandé de voir un médecin. »

Ça aura pris quelques années, quelques écorchures, des cris, des larmes pour en arriver à cette décision.

Une étape qui mettras fin à ta souffrance, et à la nôtre aussi.

 

Bonne chance papa.

 

Source de l’image: Weheartit.com

J’ai 21 ans et déjà, mon fil d’actualités Facebook est inondé de petites frimousses plus craquantes les unes que les autres. C’est, oui, très mignon, mais tellement effrayant à la fois.

Je ne peux pas croire que je suis encore et toujours la jeune fille d’à peine 5 pieds qui court tous les matins (dans le stationnement – détrompe-toi, je ne m’entraine pas) pour se rendre au boulot, avec un chignon sur la tête (je ne sais pas si on peut dire « sur », parce que souvent il tangue dangereusement vers la gauche), le café à moitié renversé (probablement parce que je cours tout croche), pendant que plusieurs de mes amies sont en train de s’occuper d’un petit poupon. J’ai encore de la difficulté à gérer mon emploi à temps partiel et mes études en même temps. Il suffit d’un rendez-vous chez le dentiste dans ma journée off pour me désorganiser complètement (à deux cheveux du bacon par terre, juré craché.)

J’ai besoin de temps pour moi. Pour écouter mes séries en pyjama toute la journée. Collée avec ma doudou et/ou mon chum. Parce que, oui, je traine une vieille doudou, alias guenille, tapis de bain et serviette à vaisselle, tellement elle est usée et pleine de trous.

Je me vois donc très mal trimballer ce bout de tissu et un bébé en même temps. Je sais que certaines mamans n’avaient drôlement pas prévu avoir un enfant si tôt (ma propre mère ne m’avait pas planifiée du tout) et d’autres avaient une envie folle d’en avoir un tout de suite. Personnellement, je me dis que j’ai hâte d’être arrivée au point où je me sentirai prête physiquement et surtout mentalement à partager le reste de ma vie avec un autre petit être humain.

Je crois que j’ai une passion pour les enfants. J’en ferai même mon métier en enseignant au primaire. Dès que j’en vois un entrer dans la boutique où je travaille, je m’accroupis tout de suite pour lui parler avant même d’aborder ses parents (dont je me fous complètement dès l’instant où je vois les joues toutes roses d’un bébé). Je les trouve fascinants, magnifiques et uniques. Je sais que je m’épanouirai pleinement à leurs côtés tout au long de ma carrière. J’ai déjà choisi les noms que j’aimerais donner à mes enfants, j’ai évalué si mon chum ferait un bon père un jour (score : 100%, il serait p-a-r-f-a-i-t!) et je me surprends à me demander à quoi ressemblera ma fille. Oui, c’est probablement très quétaine et très intense mais je l’assume complètement.

Je me permets d’avoir hâte à ces moments-là, mais aussi de profiter du présent. Parce que même si je me vois déjà avoir un petit bedon tout rond, je ne serais pas prête à diviser en deux le temps que j’ai en amoureux, à apprendre à cuisiner comme une maman (shame on me) et à espérer les moments seule à la salle de bain.

Bref, chapeau à mes amies maman je vous trouve remarquables et un exemple vivant de courage. Pour ma part, je vais me contenter de finir mes études et d’avoir les yeux remplis d’espoirs et d’étincelles quand j’apercevrai vos bambins sur mon écran.

Source : pixabay.com

Il y a de ces soirées où je ferme les yeux et où je ne pense plus à la routine. J’oublie les travaux, la vaisselle qui s’empile et les petits tracas d’étudiante pour rêver, tout simplement.

J’ai refait le monde à maintes reprises dans le confort de mes couvertures, éradiquant la pauvreté et les conflits. Sous mes paupières, il n’était plus question d’inégalité des sexes, de conflits sanglants ou d’attentats dévastateurs.

Dans mes rêveries utopiques, il faisait bon vivre sur toute la surface de la terre. Mon imagination débridée se plait à esquisser une société où les différences culturelles représentent une richesse.

Lorsque je ne refais pas le monde, je rêve d’aventures.

Je ferme les yeux et je suis catapultée à Istanbul, où je réalise mon souhait de visiter la Mosquée Bleue. En quelques secondes, je fais de la randonnée pédestre dans l’air pur des Pyrénées espagnoles. Le lendemain, je m’imagine aisément déambuler dans un souk marocain, humant l’odeur des épices décuplées par la chaleur. Ensuite, je vais faire un tour au Costa Rica, où je baragouine les quelques mots d’espagnol que je connais.

Parfois, je fais aussi un saut dans le passé. L’adepte d’architecture en moi visite l’Expo 67 alors que mon côté pacifiste discute avec Martin Luther King, lui-même assis à côté de Nelson Mandela. La fascinée d’histoire en moi assiste avec émotion à la chute du mur de Berlin et l’amoureuse du voyage que je suis visite le Pérou au temps de l’Empire Inca.

Je chéris ces soirées où mon imagination se perd en rêveries loufoques, parce que tout y est permis : aucune contrainte monétaire et le temps n’y est plus un facteur.

«La logique vous mènera d’un point A à un point B : L’imagination vous emmènera partout»

-Albert Einstein et ses douces paroles

Photo : Wikimédia

Les garçons (OK les filles aussi) vous êtes bons d’habitude pour mettre en évidence vos défauts. Habituellement, ça ne prend pas ben ben longtemps avant qu’on se rende compte de vos points faibles du genre que vous êtes impatients ou que vous n’êtes pas polis quand il le faudrait. C’est pour ça que ce soir d’automne m’a marqué. Ce fameux soir d’automne où j’en ai croisé un qui était le meilleur pour faire comprendre qu’il avait beaucoup de qualités.

 Ce n’est pas qu’il voulait vraiment se mettre en valeur, c’est plus qu’il avait réellement beaucoup de qualités. Le genre de personne que tu rencontres et que t’as envie qu’il t’aime, t’as envie de rester la fille ben ordinaire que t’es, mais qu’il trouverait dont pas comme les autres, pas comme t’as toujours pensé que t’étais. J’avais envie de lui dire en silence « regarde-moi, juste moi, pendant cinq minutes », mais en réalité, je n’avais même pas besoin de lui dire pour qu’il me regarde les yeux ou les mains ou mon cou ou les yeux encore.

Y’avait la grande qualité d’être dans l’instant présent, de se consacrer à toi à 100 % quand y’était devant toi. Ce n’était pas un cellulaire ou sa chanson préférée ou un verre de trop qui le distrayait de tes yeux. Ou cette fois-ci, des miens.

Les gars vous êtes beaux quand vous êtes là de corps et d’esprit. Vous devriez prendre exemple sur lui.

Je l’ai rencontré un soir d’automne alors qu’il faisait froid et qu’il pleuvait juste assez pour dire que mes cheveux étaient tous plats sur ma tête et que j’étais contente de ne pas avoir mis un t-shirt blanc. La capitale était belle pis mes amies aussi. Je ne pensais pas avoir de chance du tout parce que tout le monde brillait plus que moi ce soir-là et qu’anyway je ne courais pas après la chance. J’ai eu l’impression qu’il m’a spottée parce que je prenais des shots de Jameson à la place de la Tequila comme toutes mes amies. Il aimait ça, le Jameson. C’était une autre de ses qualités.

Y’avait l’autre grande qualité d’être intéressé envers la personne qui se trouve devant lui, pis j’avais la chance que cette fois-là c’était moi. Y’avait la qualité d’être juste assez drôle, juste assez beau pis juste assez laid. Y’était juste assez tout, dans l’fond. Pis y’avait la qualité de me donner l’impression d’avoir encore plus de qualités que lui, même si c’était pas mal impossible.

Les gars (OK les filles aussi) je sais que vous avez plein de qualités, prenez juste un peu exemple sur lui. Lui aussi, y’a plein de défauts, mais y a simplement compris que nos qualités valent plus d’importance que nos défauts. Nos qualités sont nices, d’habitude. Faudrait peut-être les exploiter un peu plus à la place de stresser sur nos défauts.

Photo : weheartit

Cet hiver qui vient de se terminer a été l’un des plus froids que j’ai vécus. Vous aurez compris que je ne parle pas vraiment de température…

Depuis que je vois le soleil se coucher plus tard et que je peux enfin sortir de l’école sans qu’il fasse noir, on dirait que dans ma tête aussi, c’est un peu moins noir, de jour en jour.

J’ai perdu des gens que j’aimais, mais j’ai réalisé qu’ils ne sont jamais bien loin, malgré la distance. J’ai perdu d’autres personnes dont je ne m’ennuie pas tellement et j’ai alors réalisé qu’ils m’apportaient plus de mal que de bien. J’ai décidé d’être heureuse. Je ne veux plus me soucier de la vie et des malheurs. Je veux apprendre, devenir plus forte qu’auparavant et apprécier tous les plaisirs, en arrêtant de ma casser la tête pour des bêtises.

Je suis prête à saisir toutes les chances qui s’offriront à moi et je pars avec l’idée que rien n’arrive pour rien. Cette phrase que tout le monde en a assez d’entendre, mais qui représente énormément pour moi. Dorénavant, je me sens comme sur un bateau qu’on nomme la vie et je me laisse pousser par les vagues. Sur quelle île j’atterrirai? Aucune idée, mais je suis certaine que ce sera un petit paradis, mon petit paradis à moi.

Bref, bye bye à ce lourd hiver, je te remercie pour les leçons, bonjour printemps, ça fait si longtemps que je t’attends…

Photo : Tumblr

À mon moi de 40 ans,

J’essaie de t’imaginer physiquement, de construire tes courbes, de dessiner les traits de ton visage vieilli par le temps. Et tes cheveux, les teindras-tu ou les laisseras-tu trahir ton âge gris?

Peut-être m’en voudras-tu d’imaginer que la vieillesse aura pris d’assaut ton corps quarantenaire. En fait, je te souhaite de m’en vouloir et de pouvoir me prouver que tu es restée jeune.

Seulement, ce n’est pas la jeunesse de ton physique qui m’importe, mais bien celle de la personne que tu es devenue.

Souviens-toi de ces nombreuses folies où, à l’âge où je t’écris, tu as dit : «Anyway, ce sera pu grave à 40 ans!». Souviens-toi de la candeur qui t’habitait à cette époque. Tu n’étais qu’une âme en construction, un esprit qui rêvait d’être libre.

Soulève ton chandail et regarde sur tes côtes droites. Tu vois ce qui y est gravé?

«Free spirits will find their way»

Ferme tes yeux, rappelle-toi ce moment où ta merveilleuse amie et toi avez prononcé ces paroles et ressens leur profonde signification. Je prie pour que tu ne souhaites pas que je te raconte le moment en question à la suite de ce paragraphe, parce que je ne le ferai pas.

Si tu n’arrives pas à te le remémorer et que tu regrettes cette encre permanente marquée sur ta peau, c’est que tu as perdu. Parce que ces mots sont la base de ce qui te rend unique, peut-être même marginale, ici, maintenant, dans l’instant même où je t’écris.

Ils représentent l’entièreté de ton ouverture d’esprit, de ton idéalisation de la planète, de ton rêve d’être citoyenne du monde.

Ils définissent la base de ton désir de vivre l’aventure plutôt que de coller au moule sociétal dans lequel on nait prisonnier.

Ils alimentent ta compassion universelle, ta révolte contre l’injustice mondiale et ta volonté de faire une différence, ne serait-ce que dans la vie d’une seule personne.

Que penses-tu de ces arbres lourdement enneigés et d’un blanc pur qui brillent à la suite d’une tempête? Arrives-tu en retard au travail parce que tu t’es arrêtée quelques minutes de trop pour les admirer comme tu avais l’habitude de le faire avant tes cours?

Le pouvoir de la contemplation, de l’émerveillement… Ces termes te parlent-ils toujours?

Je me demande à quelle vitesse défile le train de ta vie. À l’âge où je t’écris, tu t’es donnée comme défi de le ralentir, voir même de l’arrêter un peu plus souvent. Tu tentes d’abandonner le contrôle pour le laisser prendre le rail qu’il préfère. Y es-tu parvenue ou a-t-il eu raison de ton combat?

À mon moi de 40 ans,

J’espère que tu liras ces lignes en ayant en tête autant de paysages admirés qu’il y a de caractères dans ce texte.

Autant de fous rires accumulés que le nombre d’étoiles visibles dans le bras de la Voie Lactée.

Autant de cultures découvertes que de larmes versées à cœur ouvert.

Autant d’aventures vécues que de visages croisés sur ton chemin.

Autant de pays déchiffrés que le nombre de folies improvisées durant ta jeunesse, c’est-à-dire jamais trop.

Et si jamais, à la suite de ces mots, tu as le malheur de te dire «Mon dieu que c’était beau, la naïveté de 18 ans…», je t’en supplie, arrête-toi. Regarde le monde qui t’entoure et prends le temps de te perdre dans son environnement, dans sa nature, dans ses regards, dans son énergie, dans ses connections.

Tu ne sauras que mieux t’y retrouver.

Photo et montage : Eve-Marie Fournier

Enveloppez-moi de papier bulle, mettez-moi dans une boîte et expédiez-moi en Sibérie. Noël est passé, ça fait que vous n’avez même pas besoin de mettre du papier d’emballage : belle économie de temps et de monnaie de fond de tiroir. Je suis sérieuse : expédiez-moi en Sibérie.

Je suis sauvage à temps hyper-partiel. NON, il n’est pas question des spm ici : rien à voir pantoute. Moi je parle des rares moments où je viens à bout de toute, toute, TOUTE. Quand même la musique devient du bruit, que le chocolat n’a plus le pouvoir de te faire du bien et qu’un bébé chat n’arrive même pas à te réconforter. Quand tout ce que tu veux c’est n’être avec e-rien et personne, dans un environnement sans bruit. C’est tellement là que je me ferais expédier seule en Sibérie. Je serais peut-être prête à laisser un chat m’accompagner. Mais juste s’il est muet.

En repensant à ma destination, je me suis trouvée un peu conne : pourquoi tu n’irais pas sur une île déserte paradisiaque à la place? En continuant à mijoter l’idée, je l’ai rejetée.

La première affaire que Google juge bon de mentionner quand tu tapes « Sibérie » dans la barre de recherche, c’est ça : « une immense région d’une surface de 13,1 millions de km² très peu peuplée ». Les chances de croiser un humain sont minces, ce qui est excellent. Les chances de juste croiser un être vivant qui peut produire un son quelconque sont réduites à 0,9 %, pis encore là, je me trouve généreuse.

Se rendre sur une île déserte, c’est un pensez-y-bien si tu es dans une période semi-sauvage. C’est que tous ceux qui ont aimé la page Facebook Aime si toi aussi, tu voudrais te retrouver sur une île déserte quand ils étaient au secondaire pourraient rappliquer. Sans compter que les mouettes qui n’ont pas de McDo à se mettre dans le bec ont un cri encore plus gossant que celles qui vivent en bord de mer. (Statistique Canada ne l’a pas prouvé, mais ça s’en vient, je le sens).

Si tu veux VRAIMENT être isolé de tout et vivre dans la sérénité, c’est clairement vers la Sibérie qu’il faut pencher. Le froid te dérange? Pas de trouble, tu mets le chauffage, tu te fais du café et/ou du thé. La tentation de mettre le nez dehors est inexistante. Dans le sud, tu peux mettre l’air climatisé mais ce n’est jamais aussi confortable et réconfortant qu’une température de chalet. Dans le sud, tu te sens mal de rester en dedans à ne rien faire parce que tu vois le gros soleil dehors. La culpabilité, t’as pas besoin de ça dans ta vie. Ça fait que tu sors, mais tu dois te préoccuper de mettre de la crème solaire, de bien t’hydrater et de te virer sur le ventre pour bronzer égal. Le bruit des vagues peut être un peu apaisant, mais à part ça…

Je me verrais bien faire une retraite fermée en Sibérie quelques jours. Des livres, du café et du thé, du linge mou et des couvertures à profusion. Pas de voisins à l’étage du dessus qui marchent tellement du talon qu’ils sont comparables à un troupeau d’éléphants. Pas de coloc qui ronfle tellement fort que tu ne t’entends même pas penser même si trois murs de brique vous séparent. Exit l’effervescence du trop-plein de monde au travail. Tout ce qui te reste, c’est le silence.

Je suis sauvage à temps hyper-partiel : traitez-moi de folle, je m’en fou. Si vous le faites, vous payez mon shipping en Sibérie et mon chalet.

Photo : WeHeartIt

Sourire, c’est ce qui donne l’impression qu’on est heureux de vivre. C’est ce qui nous fait oublier les petits échecs, pis les grands. C’est ce qui nous fait paraître pour la majorité. Parce que sourire c’est beau, autant que ça peut être faux. Je le sais parce qu’on est des éternels insatisfaits de la vie. J’en suis une.

On sourit pendant un moment, aussi éphémère soit-il, sauf qu’à la seconde qui suit on en redemande plus. On se met à oublier ce qui était, ce qui est, pis on veut ce qui suit tout le temps. Je ne voudrais pas tomber dans le cynisme, mais on court après le bonheur, comme si son heure d’arrivée était à deux minutes près, quitte à en oublier qu’il nous attend depuis longtemps.

On ne sait pas ce qu’on a, ou on ne le réalise pas, mais on cherche ce qui sera parce que c’est toujours plus beau de rêver de l’utopie. On rêve à demain, quitte à se décevoir pis rêver au surlendemain. Je suis comme ça, je n’ai jamais assez de toute. Pis la société non plus. Je suis en manque de surconsommation tout le temps, pis je surconsomme tout le temps pourtant. Peut-être que je fais juste consommer sans me rendre compte que je consomme trop. Parce que trop, ça n’existe pas chez nous.

Je voyage entre les rues de mon quartier, pis je voudrais voir le monde au complet. Pis je cours après le million en frottant mes petites cennes sur des gratteux, avec plus d’orgueil que de plaisir, parce que je sais très bien que si je gagnais le million j’en voudrais un milliard. C’est la même raison pour laquelle quand j’ai 88 % dans mon examen j’en voudrais 90 %, pis que quand j’ai une belle job je veux celle d’à côté.

Ça fait que je ne sais pas si je ne suis jamais assez, ou si je n’en ai jamais assez, mais j’en ai jamais trop pis je ne suis jamais trop non plus.

Ce soir-là, il était deux heures et quart du matin. La veillée s’en venait tardive, pis le soleil n’allait pas traîner non plus à la vitesse que la nuit avançait. Ça fait que le soleil est arrivé plus tôt que prévu; du moins, juste le petit rayon que j’avais besoin pour bien finir ma journée, ou même bien commencer l’autre. Je suis plus réaliste que ça, c’était juste la lumière de mon iPhone.

C’était Facebook, pis il ne voulait pas me dire que c’était la fête de la personne que j’avais rencontrée dans le party d’une connaissance il y a 5 ans, ni Matante Josée qui voulait m’envoyer une invitation à Candy crush (encore!!), c’était plus un message qui m’a poppé dans le cerveau comme une bouteille de champagne qui te monte à tête.

Des beaux mots gratuits, comme un gros coup de pied dans le derrière pour me dire que je ne me rendais pas compte de tout ce que j’avais pis que c’était beau à voir. « Oups, trompée de personne », que j’attendais de lire. Sauf que j’ai vite compris que j’étais encore en train, de nier le moment présent.

Mais ce soir-là, mon sourire en disait long, ou plutôt il se faisait large. Elle n’avait pas tort cette fille-là… Je peux chaque jour d’être reconnaissante, pis je passe à côté tout le temps. C’était juste le présent que je cherchais finalement. Ça prenait seulement quelqu’un pour m’ouvrir les yeux. Pis quand je les ai ouverts, le vrai soleil s’est levé, pis mon sourire était plus sincère que l’éphémère.

J’aurais peut-être dû compter les moutons ce soir-là, pour m’endormir. Mais j’étais enlisée par les mots. «Enliser», c’est faire du sur place, être stagné. Un peu comme quand tu prends le bord du chemin dans le fossé, mais dans mon cas, c’était plus comme une cloison qui empêchait mon raisonnement de s’élucider.

Ça fait qu’en d’autres mots, je me posais 1000 et une question. Pas une de moins. Sur la définition du mot «heureuse». La mienne. Ça a donné ce qu’on appelle de l’insomnie.

Ce soir-là, le mot «heureuse» ne voulait pas dormir. Il divaguait dans les plus grandes artères de mon cerveau, entre l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit, entre les lobes frontaux, pariétaux et temporaux. Je n’ai peut-être pas la formation d’un neurologue, mais je peux confirmer que le sommeil ne faisait pas partie du voyage cérébral.

Sache que ledit voyage peut s’avérer long quand on ne connaît pas le chemin, parce que j’ai jamais eu le sens de l’orientation, t’sais quand t’as toujours pensé qu’une boussole, c’était le nom d’un tatouage que les filles portent.

«Heureuse», c’est l’exemple que ma prof de français avait pris pour expliquer les mots qui commencent par un h non aspiré, que l’on dit aussi muet. C’est le mot que mon oncle avait utilisé en me souhaitant une bonne année, en même temps que de me parler de ses résolutions qu’il ne tiendra pas et qui le rendront supposément heureux. Pis c’est le mot que mon ex a employé quand il m’a laissé, parce qu’il voulait que je sois heureuse sans lui, qu’il disait.

Revenons à nos moutons. T’sais ceux que j’aurais dû compter au début. C’est quoi ça être «heureuse»? Ça a l’air beau quand les gens le disent. Est-ce une expression métaphorique, littéraire, égocentrique, utopique ou juste une expression capitaliste?

Dans le dictionnaire, ça a l’air de parler de bonheur. C’est tu le même bonheur que chante Pharrell Williams ou plus comme Le p’tit bonheur de Félix Leclerc? Ça a l’air beau quand ils le chantent. Mais moi je sais pas chanter.

J’ai vu le regard des gens, perplexe, incompréhensif… Comme si cette question ne se posait pas. Comme si c’était d’une évidence forcée ou d’une idiotie palpable. Sauf que quand ils me répondaient, ça ne se ressemblait jamais, voir même qu’ils se contredisaient tout la gang. Ils me parlaient de musique, de famille, d’amitié, d’amour, de neige, pis tantôt de nourriture.

Au fond, quand on me souhaitait d’être heureuse, on voulait peut-être juste me souhaiter le bonheur au quotidien. Peut-être qu’il n’y a pas de définition parfaite pour ce mot-là finalement, parce que tout le monde en a une différente. Peut-être que c’est de regarder la tempête de neige d’un air souriant ou d’avoir les étoiles dans les yeux quand on rencontre l’amitié et les papillons dans le ventre quand on rencontre l’amour. Peut-être même que c’est d’avoir la passion dans l’âme et la vie dans le coeur.

Parce que j’imagine qu’à la base, tout commence par le cœur, quand ça fait boom boom vite vite chaque jour et qu’il te fait aimer la vie comme elle se présente.

Peut-être qu’ils avaient pas tort : c’est un mot muet dont personne connait véritablement le signe, sauf qu’il est beau quand on le connaît, pis j’espère bien le connaître encore cette année.

Peut-être que finalement être «heureuse», c’est de ne pas se poser de questions. J’aurais juste dû compter les moutons, parce que j’avais besoin de rêver à demain.

J’ai fini par dormir, pis je viens de me réveiller, avec le sourire. Heureuse, parce qu’il neige. Simple de même.

Photo : WeHeartIt