Il y a un an, je traversais le parc des Laurentides les larmes aux yeux, parce que je me demandais encore avec qui j’allais vivre en appartement. Trois filles, ça je le savais, mais j’ignorais leur nom et leur mine. Avant même de les connaître, je les détestais. Hélas, je me suis vite rendue compte que j’étais une sacré égoïste au fond parce que je ne pouvais pas m’imaginer partager ma salle de bain et ma cuisine.

Une fois l’heure de lâcher la main de maman et papa, je me sentais comme une enfant qu’on laisse à la garderie, sauf qu’ils ne reviendraient pas me chercher après le boulot. T’sais quoi, j’ai eu le cœur bin gros, mais ça n’a pas été long avant que je rencontre mes premiers amours : le temps de défaire mon épicerie. J’ai découvert trois filles qui ont embarqué dans l’aventure avec moi… Et Dieu sait que l’aventure a été parsemée de bien des vagues, où l’eau était parfois bien salée. Le bouillon ne se faisait pas sentir longtemps qu’on redevenait des amies… ou plutôt des sœurs.

On s’est tout partagé… TOUT! On a mangé en famille, parce qu’on était une vraie famille. Une fois de temps en temps on s’échangeait le rôle de la mère, pis on se donnait des ordres sur le ménage. Mettons une fois par mois si on veut être honnêtes.

Il est vrai qu’on s’est chicané comme un couple, mais on s’est aimées. On s’énervait tellement… Parce que l’une laissait ses cheveux traîner dans la douche, l’autre avait un auguste caractère et, de temps en temps, il y en avait une qui vidait la tank à eau-chaude (comme on dit en bon vieux québécois) ou qui laissait son assiette trainer… Mais malgré tout, on s’endurait pis on s’aimait. On se disait les affaires en face, ça durait le temps d’une respiration ou deux (parfois trois!) et on repartait à rire.

Ensemble, on a appris à devenir des adultes, c’est-à-dire à mettre le bac de recyclage au chemin le jeudi soir (quand on n’oubliait pas!), à cuisiner et à laver les casseroles. On restait beaucoup trop longtemps devant le papier de toilette à se soucier de la qualité prix et encore beaucoup trop de temps à sentir des savons à vaisselles et des sents-bon. Ah et comment parler du yogourt… C’était beaucoup trop long à choisir, aussi long qu’aller chez Jean Coutu! Beaucoup trop, ce sont les termes que j’aime utiliser, parce que ce sont l’ensemble de ces «beaucoup trop» qui me font dire que j’ai eu beaucoup trop de fun avec mes colocs.

On a ri de l’une et de l’autre, mais c’est comme ça qu’on s’est fait du plaisir. Je ne savais peut-être pas faire des pommes de terre, mais j’ai appris par les fous rires et c’est ce qu’il y a de beau dans notre histoire d’amour parce qu’on l’a semée dans chacun de nos petits moments.

Dans deux ans, après mes études, je retraverserai le Parc des Laurentides les larmes aux yeux, parce que je vais me demander comment je vais faire pour vivre sans mes premiers amours pour le futur.

P.S. J’espère que je t’ai convaincu qu’une vie en appart à quatre filles, c’est ben ben plaisant.

Photo : WeHeartIt


À PROPOS DE L'AUTEUR
Marie-Pier Leboeuf

Marie-Pier Leboeuf

Je m’appelle Marie-Pier Leboeuf et impossible d’oublier le trait d’union dans mon nom quand on me connait parce qu’on apprend vite que je suis une fille qui d’une part est branchée sur la mode et de l’autre est connectée sur les réseaux sociaux. Deux parties essentielles de ma vie, mais loin d’être les seules parce qu’elle est aussi composée d’une tonne de petits bonheurs, entre autres quand je réussis à insérer un mot rare dans une conversation... (OK pas de jugement!) Parce que oui les mots sont devenus une passion chez moi dès qu’on m’a fait dire «maman». Par ailleurs, avant que j’oublie, ce qu’on remarque le plus rapidement chez moi, c’est que je marche vite parce que ma vie roule à 1000 à l’heure. Ça ne vous empêche pas de venir me parler, je suis une fille bien sympa qui aime ça «jaser»!

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