Revêtir ses plus beaux habits et sortir se déhancher au rythme des mixs de DJ Skittel’zz, c’est bien; mais enfiler une grosse laine et «squatter» le sous-sol d’un ami, c’est mieux. Être entassé contre d’anciens camarades de classe plutôt que de sentir le souffle d’un pur inconnu ivre sur sa nuque me semble préférable. Lors de cette soirée «Retrouvailles», un vent empreint de nostalgie est venu me fouetter le visage. Heureusement, une brise de contentement est venue apaiser cette violente gifle par la suite.

Je braque mon regard sur les gens qui m’entourent; dans les yeux bridés d’un, je découvre une parcelle d’amour. Dans les yeux rougis de l’autre, je remarque de la sérénité. Depuis un an et demi, on a usé nos souliers davantage qu’on ne l’aurait cru.

Un brin d’appréhension m’habite. Je sais qu’une simple salutation suivie du fameux «ça va?» ne suffira pas à bâtir une conversation : je devrai chercher plus loin. C’est avec l’intention d’éviter un silence déplaisant que je pige aveuglément dans la banque à questions de ma tante Agnès. Sans même le vouloir, les deux mots que tout jeune adulte de 19 ans redoute glissent malencontreusement sur mes lèvres : «Piiiis l’école?» Oups.

Tranquillement, la veillée est de moins en moins jeune et la caisse de 12 posée à l’entrée est de plus en plus dégarnie de ses bouteilles. L’appréhension fait place à l’assurance. On a mis de l’huile sur nos hanches leur permettant de se remuer plus aisément. C’est bon d’être là.

Pendant l’espace d’une soirée, j’ai eu l’occasion de faire marche arrière. Durant ces quelques heures, j’ai eu la chance de revivre les meilleures bribes de mon adolescence. J’ai été surprise de constater que rien n’avait changé — mis à part une ou deux coupes de cheveux.

L’autre différence flagrante était que certains étaient marqués d’un nez rouge pour la soirée. Clefs en poche, ces conducteurs d’un soir ne pouvaient tomber dans l’excès ou même ne tremper que le bout de leurs lèvres dans une coupe de vin.

Il va sans dire que l’organisateur mérite un Oscar pour avoir réussi à réunir 25 personnes, normalement toutes accaparées par le travail et les études, ce soir-là. Seules une ou deux personnes manquaient à l’appel : ce fut une réception digne des beuveries du passé.

C’est en regardant derrière puis devant que j’ai pris conscience de tout le chemin parcouru et des pas qu’il me reste à franchir à l’avenir.

Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, j’ai mis la clef dans le contact, j’ai amené mes amies à destination et on s’est couchées satisfaites d’avoir revu les gens qui ont, parfois sans même le vouloir, façonné notre personne.

Photo: Pinterest


À PROPOS DE L'AUTEUR
Coralie Boisvert-Doyon

Coralie Boisvert-Doyon

Sherbrooke, voilà d’où je viens : la ville plus petite que Montréal mais plus grosse que Jonquière. Je suis le genre de fille qui n’aime pas emprunter le chemin facile dans la vie, recherchant toujours à vivre un maximum de sensations fortes. Or, devenir la prochaine Sophie Thibault n’a pas toujours été dans ma liste de priorités. Au contraire, lorsque j’étais haute comme trois pommes, je rêvais plutôt d’être vétérinaire, clown et danseuse de ballet… Comme quoi on évolue un peu avec le temps !

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