Je voulais m’évader, m’en aller loin, ailleurs. Pour moi, le monde était vidé de son sens. Tout était surfait, surjoué. La société était à mes yeux rien d’autre qu’artificielle, mauvaise, sans aucun doute. Dans la catégorie cynique désagréable, oui.

«Quand on est réellement bien en dedans de soi, on est bien partout.» (Mon amie Anne, 2013, Québec, Canada).

Celle-là m’avait marquée.

C’était des phrases empreintes de simili-sagesse qu’on se lançait ici et là, pour s’aider un peu, pour se donner espoir que ça se peut d’être bien pour de vrai de vrai, même dans un chandail de laine qui pique pis qui nous agresse la peau, genre. Je ne suis pas adepte des phrases de Psycho-pop, ça me fait rire à la limite. Je trouve ça malaise. Des proverbes Châtelaine qui insinuent que la grandeur de tes problèmes est inversement proportionnelle à la quantité de mousse dans ton bain. Dans une salle de bain Feng-shui. Comme si la vie c’était si simple (peut-être que oui, peut-être que non).

Le hic, c’est qu’autant je me moquais de ces thérapies-là, autant j’aurais voulu y croire, finalement. Que ce soit simple. Que mon mal-être disparaisse en collant des roches dans un scrapbooking (en 2009). Que mon mal de cœur s’estompe au son des vagues d’un tout inclus à Cuba. Sauf que j’avais ben beau me dire namasté, je namastais pas.

«L’art de vivre» était bien plus abstrait que tout ce que suggéraient les magazines et les blogues.

Le pire, c’est que je n’étais pas moins clichée: je voulais partir voyager, parcourir le monde. Tsé, le genre de chose que tout le monde écrit dans son album de finissant. Des rêves d’ados blasés, qui sont tannés d’avoir l’impression de servir à rien, à grande échelle.

Et puis j’ai vieilli. Mon désir de voyager ne s’est pas pour le moins estompé, il a évolué. Ce n’est plus pour fuir que je caresse l’idée d’un voyage, mais pour enrichir le moi que j’ai déjà nourri ici. Pour mieux revenir. Pour mieux repartir. Pour mieux vivre en bref, que ce soit ici ou là-bas. Je me suis raisonnée au fait que certaines choses ne pouvaient changer drastiquement; Que certaines opinions ne valaient plus la peine qu’on les écoute si elles ne se donnaient pas la peine de se réformer aux variables importantes: le droit de tous et chacun, la justice, le progrès à la grandeur humaine. L’humanité.

Personne n’a à se mettre le fardeau du monde sur les épaules. Sinon tout le monde. C’est tout le monde ou ce n’est personne.

Personne n’a à être malheureux pour le seul fait d’avoir une conscience morale plus réveillée et alerte que la majorité.

Ce serait la plus ironique des malédictions.

C’en est presque une, en effet.

Photo: tumblr


À PROPOS DE L'AUTEUR
Marie-Pier Lebrun

Marie-Pier Lebrun

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