Les aiguilles tournent. Les secondes font la course aux minutes. Et j’ai l’impression que chaque tic vient me donner un p’tit pincement au cœur, accompagné de son fidèle tac. À croire qu’il y a seulement eux qui resteront éternellement ensemble.

Je ne vous apprends rien en vous disant que les jours passent. J’ai l’impression qu’ils passent,

mais qu’ils ont une longueur d’avance sur moi. Ils défilent, sans que je puisse les rattraper. Après tout, c’est ben vrai que je n’ai jamais été en forme…

Je les laisse prendre de l’avance. Je veux m’arrêter pour bien prendre le temps de comprendre. La vie est trop remplie de mystères pour que les curieux la laissent incomprise.

Nos moments tant attendus passent qu’en une fraction de seconde. On a à peine le temps d’en profiter, mais juste assez pour qu’ils aient le temps de devenir un souvenir qui débarque avec sa nostalgie un beau soir de janvier.

Puis, nos vieilles sorties, qui avaient pour thème des danses mémorisées dans des souvenirs flous, se sont transformées tranquillement pas vite. Elles se remplacent par des inaugurations d’amour à grand voile blanc pis des cocktails consommés seulement entre cinq et sept heures.

Nos « on danse toute la nuit? » se font voler la vedette par le paisible et étrangement adulte « on va souper/déjeuner? ».

Et la crotte sur nos cœurs; les anciens « on ne se perdra pas de vue » à connotation agréablement naïve se sont fait remplacer par des « faut faire de quoi bientôt là » enterrés sous des durement réalistes « j’ai pas trop le temps ».

J’pense qu’avec le temps, on comprend qu’on a hâte de grandir jusqu’à ce qu’on soit assez grand pour avoir peur de vieillir.

Grandir ça sonne tellement réalisable. Comme si quand on allait être grand, on allait tout pouvoir faire. Pis lorsqu’on commence à vieillir, on prend conscience qu’il y a beaucoup plus de « mais » qu’on le pensait.

Le temps passe. Pis j’ai d’la misère à le suivre.

Mais quand on y pense, c’est merveilleux. J’ai la chance de vieillir. J’ai la chance d’être en vie, pis de voir les choses changer.

Peut-être que je ne sais pas de quoi demain sera fait. Mais, ça lui laisse la chance d’être meilleur. C’est beau de donner de l’espoir au doute.

Peut-être que mon entourage se rapetisse… sauf que ça me fait profiter plus amplement de ceux qui y sont restés. L’humain est tellement beau à aimer et à découvrir.

Peut-être que je me couche plus tôt et que je ne passe pas la « soirée de ma vie », pis c’est ben correct. Ça me permet de rêver et d’avoir la conscience libre le lendemain, qui sera beaucoup plus long, considérant ma nuit complète.

Peut-être que c’est vrai que tout finit toujours par changer. Mais j’imagine que c’est la vérité aussi, quand on dit que ce qui ne change pas reste coincé.

On essaye-tu de quoi? Laissons-nous croire que c’est vrai que tout arrive pour une raison. On devrait remplacer le mot changer par évoluer. Ça devient beaucoup plus rassurant et confortable.

Finalement, te temps passe pis il n’a pas fini sa course. Mais à force de le suivre, même de loin, mon endurance se développe. Pis ça, ça fait qu’on sera bien au même niveau bientôt.

Photo : weheartit


À PROPOS DE L'AUTEUR
Amélie Savard

Amélie Savard

Mon confort se cache dans ma naïveté. J'aime croire que dans chaque noirceur se trouve une étoile qui vient allumer un tison d'espoir pour toutes les âmes ayant perdu leur chemin en cours de route. Ça sonne trop «quétaine», je vais continuer autrement. Éternelle romantique que je suis, j’adore les belles choses. Je me contredis toujours. Un jour je suis ci, et le lendemain je suis ça. Je veux tout goûter, tout essayer, et tout faire. Les mots «être raisonnable» m’énervent particulièrement, parce que selon moi, la vie est faite pour sortir des sentiers battus. Je suis une bibitte à musique, j’en joue, j’en écoute, j’en porte, bref j’en mange tout simplement. En conclusion, je suis un drôle d’oiseau qui vole dans un drôle d’univers, mais je le vis plutôt bien puisque je finis généralement mon aventure bien emmitouflée dans les nuages.

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