Cahier de bord

Quand j’ai déménagé pour partir étudier au Saguenay Lac-Saint-Jean, on m’a souvent dit ceci : «Tu vas voir, les Saguenéens sont accueillants et généreux.»  Bon, on dit qu’il faut le voir pour le croire. Hé bien je vous le confirme, en deux ans de résidence dans la région, ce n’est pas un mythe, mais bien une réalité. 

Assise au fond d’un café à Chicoutimi, je faisais tranquillement mes devoirs – fin de session oblige! Je m’ennuyais et le temps était long. Une dame s’est assise tout près de moi, à la table d’à côté. Au début, j’étais ultra-concentrée dans mon étude, alors je n’y ai pas porté attention. Puis, en me levant la tête, je l’ai aperçue. Elle était seule et mangeait son repas. Elle s’est levée pour s’acheter un muffin aux framboises (j’ai remarqué, il avait l’air délicieux) et elle m’a souri. Je lui ai rendu son sourire.

Et je me suis dit : «Tu pourrais lui parler», mais j’étais gênée. (Moi gênée? Oui ça arrive!) On ne connaît pas l’histoire des gens. Pourquoi était-elle seule ? Était-ce une veuve? Voulait-elle ne pas être dérangée? Bref, trop d’idées pour rien, finalement.

– Et puis  madame, avez-vous bien mangé?

– NON!!!

Elle est partie à rire.

Voilà, j’avais cassé la glace. Et pendant près d’une heure, j’ai réussi à gagner sa confiance et nous avons discuté longuement. Parfois même de sujets profonds; je me sentais «psychologue d’un jour».

– Qu’avez-vous pratiqué comme métier dans votre vie?

– Oh… Je ne suis pas instruite. Mes parents m’ont fait abandonner l’école pour que je puisse me consacrer à mes enfants. Je suis vraiment gênée d’en parler, on m’a toujours dit de garder cela sous silence.

Ne se sentant aucunement jugée, elle m’a raconté sa vie, comme un véritable film.

Nous avons tous une histoire. Les personnes d’un certain âge ne veulent que ça, la raconter. En elle, je voyais mes grand-mamans, que je ne vois pas souvent. Quant à la dame, ses petits-enfants ne la visitent jamais. Nous aurons donc comblé un manque en ce vendredi soir pluvieux.

Elle a dû quitter le café, son mari l’attendait. Elle m’a lancé, en me caressant le bras : «T’avais des études, t’es bien fine de m’avoir parlé aussi longtemps. Merci ma belle fille.»

Je ne connais pas son nom, et pratiquement rien d’elle, mais ce que je sais, c’est qu’elle aura fait la différence dans ma journée. Vice-versa.

Faites-le, vous verrez à quel point ce petit moment peut être gratifiant.

Je dédie ce petit texte à cette grand-maman de 72 ans, qui aura contribué à la réussite de ma journée!

Photo: WeHeartIt