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Tu m’avais invité chez toi. T’étais beau, pis tu m’faisais rire avec ton imagination débordante. Ça fait que… j’ai dit oui.

Ça faisait une couple de semaines qu’on se parlait. Tu m’faisais découvrir des groupes scream, t’essayais d’me faire aimer ça. Ça a pris du temps, mais tu y es parvenu. Tu me dépassais d’une tête et demie. J’aimais ça. Tu mesures combien déjà? 6 pieds? Tes yeux verts, fallait que je lève la tête en maudit pour les regarder. Demande toi pas pourquoi j’ai des problèmes de cou maintenant!

J’suis arrivée chez toi. T’habites vraiment dans un trou perdu. On est allé de l’autre côté de la rue, à l’école primaire. On a bu. Je t’écoutais parler, parce que quand tu bois, tu parles, tu parles, tu parles. Moi, je riais. Tu m’faisais beaucoup rire. Le genre de rire qui te fait du bien, où tu peux pu respirer pantoute et que t’as mal aux joues. Ta main frôlait ma cuisse par moment lorsque tu t’emportais dans tes histoires et que tu gesticulais avec ampleur. Je bougeais pas d’un poil. J’attendais la prochaine histoire, la prochaine caresse subtile, presque imperceptible, mais qui me faisait frissonner.

On est retourné chez toi, j’étais pas si soûle que ça. Y’avait une tente roulotte dans ta cour. T’as dit: «Tu veux qu’on dorme là?». On a écouté de la musique et on s’est couché. Il faisait chaud, chaud comme en plein milieu d’une foule gigantesque dans un concert de Lamb of God.

J’sais pas comment c’est arrivé, mais on était collés ou, en tout cas, vraiment proches. Mon coeur courait le marathon. Ça faisait une heure que personne avait dit un mot, mais on savait très bien que ni l’un ni l’autre ne dormait.

Tu m’as dit «Je t’aime». Pas un je t’aime lancé tout croche, incertain. Un vrai, un sûr de lui. Ça m’a fait capoter. J’ai eu peur. Ça effraie en maudit quand tu sais que c’n’est pas de la bullshit. Ça fait que… J’ai figé. Pis j’ai pas dit je t’aime en retour.

Aujourd’hui, je n’regrette pas, parce que t’es bien d’ton bord et moi aussi. Mais y’a des fois, comme maintenant, j’y pense pis j’me dis que j’suis un peu conne.

Photo: We Heart It


À PROPOS DE L'AUTEUR

Jeanne Larouche

Rêveuse. Ce serait le qualificatif qui me décrit. Impulsive, bizarre, différente seraient les autres. Il faut dire que j’écris cette courte biographie et je me rends compte qu’il est difficile de parler de soi-même…Alors j’en resterai au fait que j’aime vivre. Il n’y a pas un jour qui passe sans que je profite de la vie. Si vous croisez une fille un peu perdue dans ses pensées, avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles, il y a de fortes chances que ce soit moi.

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