Mon corps nu reste en équilibre sur l’eau. Mes yeux sont rivés au ciel, mes orteils pointent vers ces nombreux astres qui peuplent ce dernier. Je gonfle mon ventre pour ne pas m’enfoncer dans les profondeurs du lac. La nuit est douce et l’eau est chaude malgré l’heure tardive.

Étant dans mon plus simple appareil, la vulnérabilité m’emporte. Je me sens toutefois tellement légère, tellement pure. J’ai l’impression d’être seule au monde et ce sentiment me dessine un sourire sur le visage.

Je fixe longtemps le ciel en espérant y apercevoir une étoile filante. Puis, elle apparaît : je deviens toute excitée. Pendant quelques secondes, le temps se fige et mes yeux brillent comme si c’était la plus belle chose au monde.

«Le bonheur ne laisse pas de traces. C’est une étoile filante. Il passe, c’est tout, il remplit la vie d’images éblouissantes qui défilent à toute allure et qu’on ne retient pas.» -Katherine Pancol

Je m’éloigne aveuglément du quai, me laissant tranquillement bercer par le courant. L’espace d’un instant, une trainée lumineuse parcourt le ciel. Je me sens choyée d’assister à ce spectacle bien qu’il soit bref. Mes millisecondes sont comptées. Sans même y réfléchir, je formule un souhait.

C’est sorti tout seul, je n’ai eu aucun contrôle.

Mon souhait, je n’ai pas eu le temps d’y songé comme on songe au vœu qu’on fera à 11 :11 ou en soufflant ses bougies d’anniversaire. J’ai murmuré quelques mots du bout des lèvres. Ces mots m’ont rentré dedans comme si un autobus venait de me frapper de plein fouet. Ces mots m’ont estomaquée.

Mon subconscient s’est exprimé sans que j’aie un seul mot à dire.

J’ai réalisé ce que je voulais vraiment et que je me cache depuis probablement trop longtemps.

J’ai fais demi-tour et suis retournée m’asseoir, muette, sur le quai en bois.

Mes souhaits ne se réalisent jamais. C’est dommage. Pourtant, à chaque fois j’ai la certitude que cette fois sera la bonne. Que cette fois, mon vœu deviendra enfin réalité.

Peut-être que le roi des étoiles trouve que j’abuse d’elles, peut-être qu’il considère que ce que je demande est irréaliste. Je n’aurai jamais de réponses.

Quoi qu’il en soit, que mon vœu devienne réalité ou non, je vois désormais plus clair et mes désirs enfouis au plus creux de mon être refont surface lors d’une milliseconde : désirs que je ne peux plus me cacher.

Photo: Jeff Gagnon


À PROPOS DE L'AUTEUR
Coralie Boisvert-Doyon

Coralie Boisvert-Doyon

Sherbrooke, voilà d’où je viens : la ville plus petite que Montréal mais plus grosse que Jonquière. Je suis le genre de fille qui n’aime pas emprunter le chemin facile dans la vie, recherchant toujours à vivre un maximum de sensations fortes. Or, devenir la prochaine Sophie Thibault n’a pas toujours été dans ma liste de priorités. Au contraire, lorsque j’étais haute comme trois pommes, je rêvais plutôt d’être vétérinaire, clown et danseuse de ballet… Comme quoi on évolue un peu avec le temps !

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