Blond Cerise, retenez le nom de ce band almatois. Quatre bêtes de scène qui chantent la pomme en franglais, ça ne demeurera pas émergent pour bien longtemps…

 

Entretien avec des gars qui font rimer absurde et charisme

D’où vous est venu le nom « Blond Cerise »?

Dominik : Je suis arrivé un peu plus tard dans le band, mais j’ai entendu dire que
ça vient de quand Alexandre et Joey étaient partis faire le tour du Lac. À Mashteuiatsh, ils ont vu plein de petits garçons qui jouaient au ballon botté. Ils ont trouvé ça drôle qu’ils jouaient avec un ballon qui avait un peu une forme de cerise, alors que tous les petits garçons étaient blonds.
Ils se sont dits : « Câline, on est-tu sous le régime nazi ou quoi???»
Et c’est pourquoi ils ont appelé le groupe «Blond Cerise : le retour des nazis», mais là, ils ont ôté «le retour des nazis» et je trouve ça mieux de même!

 

Comment le groupe s’est-il formé?

Joey : J’étais ami avec Alexandre et il m’a dit : «J’ai un projet de fou à te proposer, il faut que je te rencontre pour te le dire dans le blanc des yeux.»

Alexandre : Parce qu’on était amis, mais on parlait juste sur Skype!

Joey : Il m’a dit qu’on pourrait faire un band. J’avais toujours voulu faire partie d’un band, mais personne ne me l’avait proposé avant.

Alexandre : Moi je suis son bouche-trou!

Joey : Ben oui! On a ben faite, Dominik est venu faire les percussions et on s’est invités chez Nicolas pour répéter.

Alexandre : Ouais, on ne voulait pas vraiment de Dominik et de Nicolas, mais ils se sont imposés tsé.

 

Parlez-nous de votre nouvelle association avec la Plug Production.

Alexandre : Alexandre Bédard s’occupe de ça, je le connaissais bien. On a le même nom, c’était une évidente connexion. On a discuté un peu et on s’était dit qu’il serait intéressant d’aller en enregistrement. Avant, on allait juste faire les bars pour le fun, mais avec Alexandre ça s’est développé et c’est ce qui fait qu’on est rendus où on est rendus. Il croyait en notre projet, il a misé sur nous et c’est maintenant notre gérant.

 

À quoi vont ressembler les prochains mois pour Blond Cerise?

Nicolas : On peut juste promettre qu’ils ne seront ni blonds ni cerise.

Alex : On a un projet secret et les gens nous le demandent souvent. On est en enregistrement, mais on en dit pas plus. On n’a pas de premier album, on est encore vierges, nous autres!

 

Quelle est votre source d’inspiration?

Joey : Les femmes, surtout. On se fait décrire comme du «Jean Leloup content.»

Alexandre : Les Français, Gainsbourg; les anglophones, Lana del Rey.

 

 Vous vous faites comparer aux Beatles et aux Trois Accords, qu’en pensez-vous?

Nicolas : Les Beatles, la plupart de leurs chansons ont trois accords!

Alexandre : C’est vrai qu’on ressemble aux Beatles, mais avec un côté plus négligé.

 

Comment vous décririez-vous?

En chœur : On est des COOL KIDS.
Photo : Alexandre Larouche, Nicolas Riverin, Dominik Pilote et Joey Michael via leur page Facebook

C’est l’hiver. C’est le temps des tricots avec cols roulés et des pantalons. Pas beaucoup de peau à l’air, mettons. Pour un tas de filles, c’est un répit grandement attendu: l’occasion de mettre l’épilation sur pause. Mais pourquoi se l’infligent-elles le reste de l’année?

Contrairement à ce qu’essaient de nous faire croire les pubs de rasoir, quand une fille s’épile, ce n’est pas en paréo au pied d’une chute. Des jambes lisses, bronzées et huilées n’en résultent pas sur-le-champ non plus. En fait, on manque souvent des p’tites patchs de pouèls et selon la méthode de déforestation, notre peau peut s’insurger en prenant l’apparence de celle d’une poule déplumée. Pour certaines, c’est long, ça coûte cher, ça fait mal et c’est toujours à recommencer. Bref, ça gosse.

Nan mais sérieusement. On s’accorde seulement un time-out à condition que nos poils soient à l’abri des regards? Épargnons les autres de la vue de nos poils répugnants?

Il y a à peine un siècle, personne ne stressait pour ça. C’était avant que Gillette ait la brillante idée d’étendre le marché des rasoirs en s’inventant une nouvelle clientèle. Pour créer un marché du côté de l’autre moitié de la population, ils ont fait des pubs associant les aisselles velues à la malpropreté et pire encore… la virilité! **OUHHH** Être imberbe est dès lors devenu synonyme de féminité. Avant ça, les seules femmes qui se rasaient étaient les travailleuses du sexe… et c’était pour prouver qu’elles n’avaient pas de poux! Disons que les temps ont changé. On a été conditionnés à être répugnés par les poils. Ça a commencé par les aisselles et les jambes ont suivi. La porno a signé l’arrêt de mort de la touffe dans les années 90. Maintenant, on ressent l’urgence de faire disparaître même un duvet sur la lèvre supérieure, sur l’abdomen ou encore jusque dans le bas du dos.

De nos jours, il y a même des hommes qui prennent part à ce génocide du poil (on connait tous le dicton selon lequel couper le gazon fait paraître l’arbre plus grand). Des féministes joignent également leurs rangs! Rien d’étonnant dans tout ça: le mouvement cherche désespérément à se distancer de son image de militantes «castratrices». Les féministes qui se disent féminines empruntent un discours du genre «je me maquille, je porte des talons aiguilles et je me rase parce que c’est mon choix». Perso, je ne considère pas que la souveraineté sur son corps soit en jeu quand on est soumis à une telle influence sociétale. Impossible de mettre le libre arbitre sur la table quand tes deux options sont 1) t’épiler ou 2) être un objet de dégoût.

MAIS POURQUOI?

Nos cheveux, eux, sont une arme de séduction. On voue un culte à notre crinière! Quand elle aboutit dans le drain de douche, par contre, on n’ose même pas y toucher… mais ça, c’est une autre discussion à avoir entre colocs!

De retour à nos indésirables poils qui ont jadis été symbole d’érotisme. Bah c’est vrai, c’est ce qui distingue une préado d’une femme mature sexuellement non? Maintenant, afficher ses poils, c’est comme crier haut et fort: « Salut! Vous pouvez assumer que je suis gauchiste! Oui, oui, une ostie de carré rouge gratteuse de guitare!» Des poils, c’est devenu militant. Y’a juste des révolutionnaires pour se promener en short les jambes au naturel voyons.

C’est poche pour la fille qui ne cherche pas à faire son intéressante. Pas moyen pour elle de laisser son corps suivre son cours normal sans avoir à se justifier et devenir une tête d’affiche pour la cause. Elle se garantit des hoquets d’horreur, même de la part de ses amis. Et tout ça, c’est une fois qu’elle a eu le guts de vaincre sa propre honte. Quand t’arrêtes de te raser, il y a de fortes chances que tu te répugnes toi-même. C’est lourd. S’épiler prend du temps et du cash, mais ça coûte pas mal plus cher en assurance de ne pas le faire.

Je pense qu’on se sent agressé par la pilosité féminine parce que c’est une attaque directe à la conception commune de la femme. On nous a appris à associer l’image d’un corps lisse à la beauté. Un corps aseptisé, sans rides, sans cellulite, sans vergetures et sans poils. On nous fait investir dans plein de cossins au nom de la coquetterie ou même de l’hygiène, mais ça ne nous traverse jamais l’esprit que ça frôle parfois l’automutilation.

Au bout du compte, se soumettre aux standards, c’est contribuer à en faire des exigences. Dans mon monde idéal, on se rendrait la job facile, mais pour l’instant, tout ce que je demande, c’est qu’on prenne un p’tit moment pour se demander : c’est quoi notre problème avec les poils?

Un des conseils les plus répétés – mais pas faux pour autant – est de faire semblant d’être confiante jusqu’au point de le devenir. Comment est-ce qu’un bluff peut devenir réalité? Amy Cuddy, enseignante en psychologie sociale à Harvard, s’est posé la question.

Imaginez un gars assis bien confo, les mains derrière la tête et les pieds sur la table. Il est tellement à l’aise que ça en est presque arrogant. Figurez-vous maintenant le même gars, mais cette fois, replié sur lui-même, un bras croisé contre la poitrine et l’autre main appuyée sur le cou. Il a l’air pas mal moins au-dessus de ses affaires, n’est-ce pas? Ce n’est pas qu’une question d’attitude puisque je n’ai jamais parlé de sourire fendant ou d’yeux piteux. Si le premier nous semble plus projeter l’image d’un leader, c’est notre côté primate qui nous le dit. Avoir le torse exposé, c’est tout simplement un signe de dominance dans le règne animal. La première position est une démonstration de puissance parce qu’elle ne laisse transparaître aucune crainte de se faire attaquer.

Pas de surprise jusqu’ici : le langage corporel influence la perception que les autres ont de nous. Mais a-t-elle un impact sur l’image de soi? Oh que oui! Le maintien envoie au cerveau l’ordre de sécréter certaines hormones comme la testostérone qui suscite la confiance ou le cortisol, suscitant l’anxiété. Au même titre que sourire pour rien peut donner l’impression d’avoir ben du fun, bonne posture et assurance vont de pair. Amy Cuddy, la prof dont je vous parlais plus tôt, a découvert que se tenir les jambes de la largeur des épaules et tout en posant les mains sur les hanches pendant à peine deux minutes peut faire monter notre niveau de testostérone jusqu’à 20 % et descendre celui de cortisol de 25 %.

Revenons maintenant à mes deux exemples de non-verbal. Ils illustrent le contraste entre les tenues typiquement masculines et féminines. Les garçons assis ont tendance à écarter les jambes, carrer leurs épaules et même placer un bras derrière le dossier de leur chaise. Les filles, elles, croisent les jambes et adoptent une posture fermée. Alors chères cerisettes, si l’on veut prendre une plus grande place dans la société, il faudrait d’abord le faire au travers de notre corps! Faisons des Wonder Woman de nous.

Photo: Flickr

Mon petit doigt me dit que tu es en train de planifier ton costume pour l’Halloween. Je t’écris donc par mesure préventive. Ouais, je suis là pour t’éviter de faire un faux pas vestimentaire. Je sais, je sais : Jean Airoldi, sors de ce corps. Cependant,  mes contraventions ne punissent pas le style, mais bien le racisme.

OK. Là, tu te demandes sûrement comment j’ai pu sauter de l’Halloween au racisme. Le lien s’explique grâce à un phénomène méconnu, mais bien présent dans notre p’tite routine : l’appropriation culturelle.

À ne pas confondre avec un échange culturel, c’est ce qui se produit lorsqu’une majorité ethnique, sans prendre en considération l’histoire derrière certaines coutumes étrangères, s’en empare. Ces «emprunts», on y assiste au quotidien : le twerking de Miley Cyrus, la mode des mocassins, des Blancs avec des dreadlocks, des kimonos en guise de robes de chambre.

«Ben voyons! Faut ben vivre un moment donné, c’est juste enrichissant!»

Prendre le crédit pour une identité qui n’est pas sienne, c’est du vol au même titre que le plagiat. On commercialise l’exotisme en lançant des lignes de bobettes avec des motifs navajos par exemple. L’industrie de la mode fait des profits sur le dos des traditions amérindiennes tout en les associant à des sous-vêtements. Ça dénature carrément la culture et sans compréhension adéquate, ça peut rapidement virer au sacrilège pour les pratiques à portée religieuse. Sans compter que des stéréotypes négatifs peuvent être renforcés. Le pire dans tout ça – tu l’auras deviné — : les plus grands coupables d’appropriation culturelle sont les Blancs. On fausse la conception collective de cultures qui peinent déjà à survivre par la faute de nos ancêtres. Le colonialisme n’a donc pas réussi à inspirer la délicatesse.

Tu comprends maintenant pourquoi je collerai une contravention à quiconque se pointe le 31 octobre en costume de geishas sexy, de Mexicains avec le kit moustache-poncho-sombrero-maracas ou de terroriste musulman.

Pas de panique. Il y a une marche à suivre.
Susan Scafidi, enseignante en droit à l’Université de Fordham et spécialiste des implications légales de l’appropriation culturelle, a élaboré la technique des 3S :

  1. SOURCE

T’es-tu procuré ton capteur de rêve auprès d’un artisan autochtone ou au Dollarama?

  1. SIGNIFICATION

Est-ce que tu es consciente du caractère cérémonial de ton maquillage de la fête des Morts? Y rends-tu hommage?

  1. SIMILARITÉ

Ton cours de yoga est-il conforme aux racines spirituelles de la pratique? Est-ce plutôt une séance d’entraînement ayant pour but de perdre du poids sur des beats électro?

Photo: Wikimedia Commons

Mercredi, l’Internet a été assailli par une vague de protestations pour le maintien de sa neutralité. Des géants comme Microsoft, Amazon et Twitter se sont joints à la levée de boucliers contre le péage pour le réseau que les fournisseurs d’accès internet voudraient imposer avec l’accord du Congrès des États-Unis.

Voilà le gros de la nouvelle, maintenant, la traduction :

La « neutralité d’Internet », c’est un terme plate pour désigner ZE principe fondamental du Word Wide Web : l’égalité. Wowoui. Toute donnée, nonobstant son créateur ou son utilisateur, a droit à la même vitesse de transmission qu’une autre. Pas de filtre, pas de chouchous. Le streaming d’Orange is the New Black sur Netflix circule aussi bien que le vidéo Youtube  d’un conspirationniste nous expliquant sa théorie illuminazie.

Ce sont ces racoins obscurs et parfois franchement inquiétants qui rendent l’internet si précieux. Tout est tellement accessible qu’en moins de deux secondes, on peut passer de la lecture de la biographie de Margaret Thatcher sur Wikipédia à l’achat d’une fiole renfermant les larmes de Jésus sur Ebay.

C’est ce principe fondamental de traitement neutre du contenu que la Federal Communications Commission, l’équivalent américain du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), va altérer en instaurant l’Internet à deux vitesses. Cette ségrégation bénéficiera aux fournisseurs comme Verizon qui feront naturellement en sorte que la voie rapide soit payante. Les sites qui voudront un accès facile au réseau pour leurs visiteurs devront cracher le cash. Facebook n’est pas menacé, mais un Zuckerberg 2.0 ne deviendra pas milliardaire sans d’abord payer l’entrée dans la cour des grands.

S’il y avait bien une place où ça ne prenait pas d’argent pour faire de l’argent, c’était sur le Net. Nous ne sommes pas plus à l’abri en tant que Canadiens parce qu’une fois que la législation d’un pays y freine l’innovation, le Web n’est tout simplement plus le même.

Revendiquons le droit de pouvoir sans embûche s’autodiagnostiquer une tumeur à partir d’un forum de médecine louche, surveiller la frontière américaine pour des immigrants clandestins, lire une fan fiction homoérotique mettant en vedette  Harry Potter et Draco Malfoy, trouver les codes pour rendre nos Sims milliardaires….Tout ça au même titre que déclarer nos impôts sur un site gouvernemental. On va se le dire : les interwebz sont tellement wacks que c’en est magique.

Photo: Flickr Commons – LSE Library

Salut. Je m’appelle Roxanne. Je suis… végétarienne.

Après avoir été traumatisée par un documentaire sur des poussins, j’ai sombré dans l’enfer de la protéine végétale. J’aurais dû écouter mes parents. Depuis, j’ai le teint pâle, la peau moite et l’estomac qui gargouille. À force de manger du tofu fade à tous les repas, mes papilles gustatives sont tombées dans le coma. Je fais des cauchemars toutes les nuits sur des vaches… des vaches qui lâchent des pets sournois et détruisent la couche d’ozone. Ma dépendance au soja a aussi ruiné ma vie sociale. C’est plus fort que moi, je suis incapable de souper avec des amis sans leur crier par-dessus la tête : «Tu sais que c’est un cadavre que t’as dans la yeule?!»

On reprend.

Salut, je m’appelle Roxanne. Je suis végétarienne et je vis très bien avec ça. Oui, je mange de la salade, mais tu sais ce qui est végé aussi? Des chips. De la crème, glacée, fouettée ou brûlée. Pis du Nutella. BEAUCOUP de Nutella! Sans oublier les beignes. Oh, et des frites avec ça. Et pourquoi pas des brownies pendant qu’on y est?

– Mais vous n’avez rien retenu de tout ça, parce que cet article est dans la section «Équilibrée» et que je fais exclusivement la promotion de choses bonnes pour votre santé. Comme le végétarisme. À condition qu’il soit diversifié, bien sûr! Pour enlever la viande de son assiette sans s’infliger une carence, il faut s’assurer de la remplacer par des haricots, des amandes, du quinoa, du soya… Vous connaissez la chanson.

Outre l’espérance de vie accrue – hell yeah! – et la diminution du risque de maladies du cœur ou même de cancers, devenir végé te fait gagner une conscience un peu plus libre. D’abord, t’as le goût de clamer haut et fort ton résultat au test d’empreinte écologique parce que tu fais des choix plus verts à l’épicerie. Le steak, avant d’aboutir entre deux pains à hamburger – désolée de vous l’apprendre -, mais c’était une grosse vache. Et je ne dis pas ça parce que j’ai une dent contre la vache, elle était fat pour de vrai. Ça, c’est parce que sa mission dans la vie, c’était d’engraisser. Pour ce faire, il lui a fallu :
1) des hormones de croissance
2) des quantités phénoménales de fourrages avec céréales.
Et comme la plupart des choses qu’on consomme en Amérique du Nord, elles viennent du tiers-monde, ces fameuses céréales. T’sais, à table, quand on se fait dire de «penser aux enfants en Afrique» pour éviter le gaspillage? Et bien les vaches, elles doivent l’entendre souvent parce qu’elles volent d’une manière assez directe la nourriture d’un continent toujours sur le bord de la famine. On les élève avec cruauté, mais elles ont priorité sur des millions d’êtres humains sous-alimentés quand vient l’heure du lunch. Si tout le monde était végé, on aurait assez de céréales pour nourrir l’entièreté de la population mondiale.

Je suis végétarienne et je vis très bien avec.

Photo: Flickr

Aujourd’hui, j’ai vu quelque chose de vraiment pas cool dans les étalages de revues à l’épicerie. Alors que j’attendais tout bonnement en ligne à la caisse, la une d’un magazine a accroché mon œil. Écrit en giga majuscules jaunes, il y avait le scandale hollywoodien fraîchement sorti du four: le comportement de la fille de Bruce Willis et de Demi Moore. Je ne suis habituellement pas au fait des frasques des stars, mais là j’étais carrément outrée qu’on traîne Scout Willis dans la boue comme une héritière de Lindsay Lohan. Ce qu’on lui reproche, c’est de s’être baladée les seins à l’air et d’en avoir publié les photos sur les réseaux sociaux. Où les potineux se plaisent à crier au dérapage obscène, il n’y a en fait que militantisme.

Le buzz sur sa nudité est mal placé : loin d’avoir perdu la boule (badumtss!), Scout Willis a déclaré la guerre à la censure des mamelons. Certains lui diront de choisir ses combats, mais sa cause est facilement justifiable si on la relie à celle des lactivistes qui revendiquent le droit des mères à allaiter en public… Ça revient à l’éternelle lutte contre la sexualisation du corps des femmes dans n’importe quel contexte. Ça en dit déjà long que Scout Willis passe pour une dévergondée alors qu’elle prenait une marche la poitrine à l’air dans New York, et ce, en toute légalité. Cela dit, je ne resterais moi-même pas de marbre à la vue d’aréoles exposées, puisque dans notre culture elles ont une forte connotation sexuelle, comme il fut un temps où c’était le cas des chevilles. C’est un grand cheval de bataille du féminisme que la fâcheuse tendance d’associer le physique féminin à l’érotisme.

La question des seins n’en est pas moins épineuse. Sont-ils cachés parce qu’ils sont sexuels? Sont-ils sexuels parce qu’ils sont cachés? Au lit, des lèvres pulpeuses ont indéniablement un caractère coquin, mais elles occupent néanmoins d’autres fonctions pas mal moins sexy au quotidien. Je considère que la même logique devrait être appliquée à nos chers mamelons comme c’est le cas dans certaines tribus africaines libérées du tabou mammaire.

Ding! Ding! Ding! Heure du petit récap historique. Le tabou mammaire affligeait, il n’y a pas plus d’un siècle, les hommes d’Amérique, «Land of the Free», dont les aréoles étaient qualifiées d’immorales par le clergé. Terriblement brimés dans leur liberté d’exhibition de tétons, ils se sont révoltés et ont eu gain de cause en 1936 à New York. En passant, c’est Clark Gable, le kick de nos grand-mères lui-même, qui a en quelque sorte allumé l’étincelle de ce soulèvement en apparaissant le torse délicieusement nu dans un film.

Mais revenons à nos mamelons qui ne sont toujours pas les bienvenus. Facebook se fait un point d’honneur de nous le rappeler. Pour rire un bon coup, vous irez chercher sur le réseau social des photos de FEMEN… Vous voulez des effets de flou? EN V’LÀ! Pourtant, les pages Facebook avec des photos pornographiques dont la nudité est judicieusement calculée ne rentrent pas dans la définition de grossièreté de la plateforme. Tout ça, sur le même site qui a déjà carrément banni une campagne de dépistage de cancer du sein. Si vous me le demandez, l’indécence, elle est dans la censure.

Il faut rendre à César ce qui appartient à César : depuis le mois dernier, les photos de femmes donnant le sein sont tolérées par Facebook. *Chest-bump à Mark Zuckerberg* 

Photo:  Georgia O’Keeffe via Wikimedia Commons

Comme chaque année, avec le soleil qui se fait de plus en plus présent arrivent les conditions propices à une épidémie de harcèlement de rue. Les babouins sortent de leur torpeur hivernale et prennent d’assaut les rues où se baladent les filles dans leurs beaux kits d’été, fraîchement déterrés du fond du garde-robe. Ils se rincent l’œil et ne se gênent surtout pas de passer des commentaires sur ces dernières qui, la plupart du temps, ne désirent qu’une seule chose : se rendre à l’arrêt de bus en paix.

Compliment ou dérangement? Le harcèlement de rue tend à être interprété différemment selon la forme qu’il emprunte. Regard envahissant, sifflement, démonstration des prouesses de la langue, klaxon, exhibitionnisme et même attouchements… Demandez aux femmes de votre entourage : elles en ont vu de toutes les couleurs. Ces microagressions peuvent aussi bien être commises par des wannabe gentlemen croyant nous faire une fleur, que par des macaques. Ces spécimens de mâles alpha ont peut-être l’esprit peu aiguisé, mais ils ne sont pas idiots au point de croire que nous objectifier anonymement est de la séduction. Si ce n’est pas de la cruise, quelle peut bien être leur intention? Croient-ils vraiment nous faire un cadeau en nous donnant leur approbation, comme si la validation d’un homme était le désir de toute femme? Je ne sais pas pour toi qui lis cet article, mais pour ma part, juste me faire dire que je suis belle par une matante au party de Noël me rend déjà assez mal à l’aise, alors imagine donc par Joe Blow, 50 ans, sûrement marié et que je croise pour la première et dernière fois – du moins, je l’espère.

Ces hommes ne prennent pas conscience des répercussions de leurs actes. Le physique féminin passe pour un domaine public dans notre culture : il leur est si accessible sur les panneaux publicitaires et sur le web, alors pourquoi pas dans la rue aussi? Parfois, le discernement semble difficile. Dès qu’une fille met le pied dehors, son corps est en exposition, vulnérable au jugement des hommes. Aux lecteurs masculins de La Cerise, vous pensez peut-être que je dramatise, mais vous ne savez pas ce que c’est que de tenir ses clés serrées dans son poing, de dépendre d’une accompagnateur après une certaine heure, de porter ses écouteurs sans mettre de musique en essayant de se créer une bulle, de se faire violer des yeux au point de demander si nos vêtements ne sont pas assez modestes ou encore de sourire par politesse alors qu’au fond, on repère les passants qui pourraient nous venir en aide. Que le ton se veuille flatteur ou menaçant, le fond reste le même : c’est l’apprentissage de la peur. Au lieu de fournir du poivre de cayenne à des préadolescentes, demandons donc aux hommes des cavernes de ne plus leur donner de raisons d’être sur leurs gardes.

Photo: Wikimedia Commons

Au cours du secondaire, en tant que fille, notre routine beauté occupe graduellement un bloc pas mal plus important dans notre horaire. On commence à se faire dire que se beurrer la face de crème Aveeno quand notre peau craque en sortant de la douche, c’est vraiment pas assez : il faut nettoyer, exfolier, tonifier, hydrater et répéter. Ensuite, on fait nos premières expérimentations – parfois catastrophiques, malgré les millions de tutoriels Youtube visionnés – avec le maquillage. Pour certaines, ça devient des produits pour les occasions spéciales, pour d’autres, une véritable drogue.

Ces filles-là, elles ont souvent le même discours. Nous l’avons tous entendu, le fameux «Ça m’aide à me sentir belle!» Perso, je pense que si ta confiance est directement proportionnelle à la quantité de cosmétiques que tu as slappée sur ta face, il y a un p’tit problème, la grande. Le maquillage, sauveur de l’estime de soi? I think NOT.

Pas une femme sur Terre n’est née avec la combinaison parfaite de cils fournis, peau de pêche, lèvres pulpeuses et autres numéros gagnants à la loterie de la beauté conventionnelle. Pourtant, nous sommes toutes obsédées par l’idée d’être imparfaites. Ça en est à un point tel qu’une star qui OSE s’afficher démaquillée peut suffire à faire la une des magazines qu’on ne peut pas s’empêcher de checker en attendant à la caisse.

Que dire de ces femmes qui se défendent en affirmant que le maquillage est un art et qu’il leur permet donc d’exprimer rien de moins que leur créativité? Pour l’application du maquillage, OK. Son port, par contre… disons que ça envoie un tout autre message. Prenons le gloss par exemple. À bien y réfléchir, l’effet de lèvres mouillées qu’il crée évoque quoi au juste…? Ihlala! Passons à la question suivante. Si le maquillage est tout simplement un art, nul besoin de sourciller quand une fillette de 8 ans rocke le look «eyeliner version panda» : elle développe son côté créatif! Et les gars, eux? Pourquoi ils ne joignent pas notre partie de plaisir?

C’est triste à dire, mais le maquillage est communément perçu comme une stratégie de séduction, un acquiescement à se faire sexualiser. C’est ce qui suscite autant d’effroi chez les musulmanes qui retournent la pareille aux Occidentales lorsqu’elles les accusent de se soumettre à l’homme en portant le voile.

Le rouge à lèvres, arme d’oppression massive? Ce serait une méchante longue histoire d’esclavage. Les premières formes de cosmétiques remontent à l’Égypte ancienne – Duh! on l’sait ben, Cléopâtre était chix dans Astérix et Obélix – , il y en avait jusqu’en Grèce Antique et même dans l’Empire romain. De la farine à la craie, en passant par la poudre de riz et les blancs d’œufs, les femmes mettaient leur santé en péril dans la quête d’une peau parfaite. Il y a même eu des cas de paralysie musculaire et de décès à cause du mélange toxique à base de plomb que les femmes appliquaient tout juste avant l’époque victorienne. Comme quoi ça peut aller loin, une fille soumise à un idéal hors de portée.

Pour venir à la rescousse de notre confiance en nous, bien des garçons clament haut et fort nous préférer au naturel. Le hic, c’est que ces gars-là s’imaginent que JLo est née avec la peau qui scintille. De toute façon, qu’est-ce qui leur dit que c’est pour eux qu’on flambe des centaines de dollars chez Sephora? – Pis nous? Si on s’aime pas au naturel?

En ce beau monde de consommation, ça fait l’affaire des industries qu’on soit insécures. On nous pousse à rejeter notre propre apparence pour ensuite nous vendre des moyens de contrôler quel visage on présente en public. C’est censé «accentuer ce qu’on a déjà». Ah ouin? On applique la même logique pour les talons aiguilles, les gaines, l’épilation, les brassières rembourrées, la liposuccion et les «bleachages» d’anus?

Photo: Flickr Commons