Comme toute vraie fille, j’ai souvent versé bien malgré moi quelques larmes devant LA fameuse scène finale d’un de ces nombreux films d’amour rodés à la perfection. Des productions aux scénarios tragiques qui ne manquent pas de nous faire rêver en grandeur pour ensuite démonter le tout avec brio. Avec La vie d’Adèle, chapitre 1 et 2, la mécanique a toutefois quelque peu différé.

Même s’il est sorti le 9 octobre dernier, c’est tout récemment que j’ai découvert avec fascination le dernier long-métrage d’Abdellatif Kechiche. Et quand on parle de long-métrage, le réalisateur ne fait pas dans la demi-mesure : 2h50 de montage final, sur plus de 250 heures de tournage initial.

Bien que le film puisse d’abord être simplement vu comme l’interprétation de l’amour entre deux jeunes femmes ainsi que ses répercussions sociales, celui-ci va beaucoup plus loin que ça. Il représente plutôt un regard intimiste sur un amour plus grand que nature, tirant sa grandeur d’une simplicité déroutante.

L’histoire, à la base, reste assez classique : Adèle, jeune femme de 15 ans, s’interroge sur son orientation sexuelle. Jusqu’à ce qu’elle trouve la réponse chez cette jeune femme aux cheveux bleus croisée à maintes reprises : Emma. Une fois le destin provoqué s’ensuit la passion des esprits et des corps qui s’apprivoisent. Et on suivra le quotidien de cet amour passionnel qu’on verra peu à peu s’éteindre.

Adèle. C’est par celle-ci que le film prend toute son ampleur. Par l’accès inédit qu’on a aux états d’âmes de la jeune femme, personnage aussi fascinant que déroutant, qui habite le film du début à la fin par sa folie et sa fragilité. On la voit complètement transportée par un amour hors de sa portée, qu’elle se doit d’apprivoiser malgré tout. Et qu’elle verra bien malgré elle éteint par le quotidien et les disparités sociales, sous-thèmes du film représentant le vrai drame de l’amour, en 2014.

J’ai déjà pleuré en voyant les Tristan et Iseult, Roméo et Juliette et Jack et Rose de ce monde se perdre par la mort et la tragédie. Mais jamais autant qu’en voyant une relation s’éteindre par la disparition du sentiment amoureux, autrefois si fort, simplement tué par le temps et les aléas de la vie.

Et ces larmes-là étaient assumées.

Acclamé à maintes reprises et ayant raflé la Palme d’or au festival de Cannes, La vie d’Adèle, chapitre 1 et 2 est un petit bijou cinématographique à voir absolument.

Photo : Facebook

Les années folles. Période marquée par une aspiration à la liberté et à l’euphorie, par une forte effervescence culturelle et intellectuelle ainsi que par une remise en cause des valeurs en vigueur. Une époque qui n’aurait su mieux représenter cette 35e édition de Cégeps en spectacle, une soirée mettant exclusivement de l’avant collégiens de tout genre, mais surtout,  interprètes de l’art sous toutes ses formes.

C’est devant deux demoiselles parées de plumes et de paillettes que commence le spectacle. Fougueuses et ricaneuses, elles installent l’ambiance avec brio. Elles seront par le fait même les seules représentantes féminines de la soirée, l’édition 2014 étant exclusivement masculine.

Elles annoncent le premier candidat, Tristan Brunet-Dupont, qui nous offrira cinq compositions au chant et au piano. Et en français s’il-vous-plait. Ces compositions, elles me sont familières. C’est sur un vieux clavier déniché dans un Trift Shop de l’Ouest canadien qu’elles auront vu le jour. Après avoir animé soirées entre amis et feux de camp, elles se seront taillé une place à Cégeps en spectacle, rien de moins. Un bel accomplissement pour l’artiste que j’aurai eu la chance de voir évoluer et s’affirmer au cœur même du voyage. Comme quoi le périple est souvent synonyme d’introspection et d’affirmation de soi.

À la suite de l’auteur-compositeur-interprète, au tour d’un autre jeune homme, qui risque cette fois de nous en mettre plein la vue. Pour son numéro de burlesque (dois-je préciser que j’étais très curieuse de voir ce numéro), François Renard n’y va pas de main morte : mise en scène élaborée et nombreux changements de costumes pour nous mettre dans l’ambiance, tout doucement, sans nous brusquer. François est ici maitre dans l’art de la mise en scène. C’est finalement après avoir longuement mis la salle en haleine qu’on assiste à un strip-tease, avec ses déhanchements et ses poses langoureuses. Le bouquet final ? La culotte à paillette. Un numéro osé signé Renard.

On annonce maintenant Émile Dubé et Antoine Fortin au chant. Intriguée, je ne sais rien de plus de ce numéro à venir.  En voyant les images du printemps érable émerger du projecteur, je me sais pourtant déjà conquise. Malheureusement, je me surprends à décrocher après un départ aux allures fragiles … Or, dès le deuxième morceau, assuré par Émile accompagné d’Antoine à la guitare, le numéro se voit revenir en force pour dépasser mes attentes, et de loin. J’assiste à de l’art, à sa forme brute, à celui qui permet de passer un message plus grand que son médium même, à travers des interprètes qui en livrent chaque parcelle avec un ressenti hypnotisant, sans détour, et feux d’artifice. Les deux jeunes hommes concluent finalement devant une salle passée sous silence, après ce tour de force alliant prose et musique.

C’est Samuel Roy qui prend la suite avec un numéro d’humour, bien ficelé du début à la fin. Le jeune homme de 17 ans n’éprouve aucune difficulté à faire embarquer la foule dans son univers. Selon lui, la nuance se trouve dans le contexte. Il nous en fera une démonstration impeccable  en nous racontant avec moult détails à quel point une première fois peut être stressante … Au golf, bien évidemment. Et il continuera ainsi de berner le public avec une facilité déconcertante.

Avec tant de variété et de talent, on peut dire que le spectacle ne s’essouffle pas. Arrive l’avant-dernier candidat sous les feux des projecteurs : Christophe Marianne alias le « M ». Le jeune homme originaire de l’île de la Réunion fait dans le rap français et on peut dire que ça lui connait. Il enchaine chacune de ces compositions avec une aisance et une confiance remarquables, le tout dans une gestuelle assumée. On peut présumer que le « M» n’en est pas à sa première prestation.

C’est Yan Bienvenue qui complètera cet alignement masculin. Gagnant de la dernière édition régionale au sein du groupe de danse Hétérogène, il se lance cette fois en solo. Un pari qu’il réussira haut la main avec une performance alliant danse et mise en scène théâtrale. Avec une performance composée de divers types de danse, tous exécutés avec précision et style, on pourrait littéralement se croire en direct de So you think you can dance. Qui sait, peut-être verrons-nous un jour le jeune homme subir les foudres du célèbre Nigel ?

La 35e édition de Cégeps en spectacle se terminera par une deuxième partie tout en humour, assurée par Yannick de Martino, gagnant de la 11e édition d’« En route vers mon premier gala ». Quand on a devant nous un public étudiant, quoi de mieux que de commencer par une bonne blague de poudre et de manque d’éducation. L’humoriste l’a bien compris et parviendra à garder l’attention du public tout au long de sa performance des plus absurdes, à coup de blagues de bébés morts et de répliques lourdes ! Mes coups de coeur ? Lorsqu’il lancera à la foule « Vous êtes toutes des bitchs » et qu’il terminera par une magnifique interprétation de My heart will go on.

Avec une telle finale, on peut dire qu’on  en aura vu de toutes le couleurs pour cette 35e édition de Cégeps en spectacle, qui s’avère encore une fois, un véritable succès.

Alignement de la soirée :

3e place : Tristan Brunet-Dupont, chant

2e place : Yan Bienvenue, danse

1re place : Christophe Marianne, chant

Photo : Facebook, Samuel Desrosiers

Je fredonne cet air, oh combien joyeux, en « scrollant » mon application préférée. Le malheur des uns fait le bonheur des autres ? Je ne pourrais mieux représenter ladite application que par cette phrase. 

VDM, abréviation de Vie de merde, c’est un site, une application, une page Facebook, nommez-les, qui  permet, en gros, de redonner à quiconque passant une mauvaise journée, un peu d’espoir en l’humanité. Et qui permet également de rire d’autrui, en toute confidentialité ! Rien de mieux que de jeter un coup d’oeil à VDM lorsque l’idée vous traverse l’esprit que le destin vous en veut et que vous êtes probablement LA personne la plus malchanceuse sur cette terre.

Mise en contexte : Votre voiture ne démarre plus à -40 avec le facteur vent. Vous attendez un bon samaritain prêt à vous « booster », iPhone ou autre en main. Vous croyant la personne la plus désemparée, vous vous consolez en allant sur VDM. En haut de page, y défilent des phrases du genre :

« Aujourd’hui, au programme, choucroute chez mes parents avec ma copine. Au moment de servir ma copine, ma mère lui a demandé : « Petite ou grosse saucisse ? Allez, une grosse, tu ne dois pas avoir l’habitude. » VDM »

« Aujourd’hui, après une année entière de célibat, j’ai rencontré une jeune femme de 24 ans. Quand celle-ci a appris que je ne possédais ni smartphone, ni télévision, ni Facebook ou autre réseau social, elle a pris peur et est partie pour trouver « quelqu’un de normal ». VDM »

« Aujourd’hui, je me suis rendu compte que je ressentais plus de plaisir en nettoyant mes oreilles avec un coton-tige qu’en faisant l’amour avec mon copain. VDM »

Je me suis toujours demandé si chacune de ces phrases était véridique, ou si les auteurs ne parodiaient pas un peu la réalité. Peu importe, l’application me permet de rire à chaque fois comme une innocente en me moquant du malheur des autres, et en me disant : « Bon ben, je ne fais peut-être pas SI pitié que ça finalement. »

Toutefois, si vraiment, vous croyez être la figure même de la malchance et que vous ne voyez pas de meilleure option que de vous apitoyer sur votre sort pour vous sentir mieux, VDM vous offre la chance de partager votre histoire. Au moins, vous aurez l’opportunité de faire de votre malheur le bonheur des autres !

Si comme moi la routine vous ennuie, considérez cet hiver comme l’occasion parfaite pour vous lancer dans de nouvelles expériences où l’adrénaline sera au rendez-vous.

Vous êtes-vous déjà retrouvées les fesses dans le vide à des centaines de pieds du sol? Si la réponse est négative, je peux vous garantir que ça sort une fille de son train-train quotidien!

Canyoning, traineaux à chiens, trekking en montagne : le choix d’activités à sensations fortes est vaste au Québec.

Voici mes cinq coups de cœur :

S’initier au Snowkite

Les québécois sont de très grands fans des sports de glisse — ski, snowboard, télémark : on les pratique et on adore. Même si on se plait dans nos bonnes vieilles habitudes, il faut parfois aller voir en dehors des sentiers battus. Le Snowkite est la meilleure alternative pour ça. Le concept? Le même que sur une pente de ski… Sans la pente et avec un cerf-volant en guise de gravité.

Descendre une chute, sous le point de congélation

Descendre une chute en rappel à l’aide d’une simple corde, voilà une activité, qui j’ose croire, réussi assez bien à nous sortir de notre salon et de nos téléséries. Si on ajoute à ça une bonne couche de glace et des souliers à crampons, l’expérience prend une véritable tournure féérique!

Diriger un traineau à chiens

Bon, quand on pense à sillonner les sentiers enneigés à bord d’un traineau à chiens, le mot qui nous vient le plus rapidement en tête n’est pas nécessairement «adrénaline». Cependant, il reste que diriger un traineau tiré par de magnifiques bêtes en plein cœur de l’hiver, ça sort de l’ordinaire. Pour un moment magique et ressourçant, l’activité en vaut assurément le détour.

Sortir des sentiers aux Chics-chocs

La Réserve faunique des Chics-Chocs est un vrai havre de paix pour les amateurs de plein-air. Avec ses paysages à couper le souffle et ses conditions de glisse exceptionnelles, l’endroit situé au centre de la Gaspésie vous permettra de vivre des journées de ski et de planche à neige hors-pistes inoubliables.

Affronter le mur de glace

Plusieurs formations et cours sont offerts au Québec afin de s’initier à l’escalade de glace. Un sport aussi mental que physique qui vous permettra de pousser vos limites à fond. Pas besoin d’un physique d’athlète; seulement de beaucoup de volonté et de patience. Une expérience unique en son genre qui, si elle ne vous accroche pas, vous rendra néanmoins très fière.

Bref, si vous avez lu ces quelques lignes, vous n’avez plus aucune excuse pour rester enfermées durant la saison froide! 

Photo: Pinterest

7 ans. L’âge auquel j’annonçais en grandes pompes à mes parents qu’il était hors de question que j’apprenne à lire, et encore moins à écrire. À l’époque, la réplique de ma mère ne se fit pas attendre : «Mais comment tu vas faire dans la vie de tous les jours? T’es comique toi, tu ne pourras même pas faire ton épicerie correctement si tu ne sais pas décoder les étiquettes!» Et moi de lui répliquer (avec toute la confiance du monde) : «Je vais me fier aux emballages des boîtes de conserves.» Oui, tout un raisonnement… 

Ma mère, un brin plus brillante que moi, s’est alors… acharnée. Tableaux, exercices sur les tuiles de la cuisine, répétitions ; tous les moyens étaient bons pour me rentrer dans la caboche les 26 lettres de l’alphabet. Après beaucoup d’essais-erreurs et une bonne dose de patience, le résultat s’est finalement concrétisé : j’étais devenue une excellente lectrice, mais surtout une passionnée des mots.

J’ai grandi la tête dans les bouquins. À 11 ans, j’y avais déjà vécu mon premier gros party, mon premier voyage autour du monde ainsi que mon premier grand amour (et la peine d’amour qui a suivi peu de temps après). Entre les lignes, j’ai découvert un infini de possibilités. Tout m’était permis : partir vivre dans une école de sorciers, dans la rue en itinérante, en 1950 ou 500 ans avant Jésus-Christ. Chaque option m’était accessible en une simple visite à la bibliothèque.

Nulle part ailleurs je n’ai autant appris que dans les livres. Des romans aux encyclopédies, ils sont une source intarissable de connaissances en tous genres. À l’aube de la vingtaine, j’affirme à qui veut bien l’entendre que la lecture a fait de moi une personne différente à bien des égards. Cette phrase peut sembler clichée, mais la lecture s’est avérée, au cours de mon apprentissage, la meilleure des références. J’y apprends, à chaque nouveau récit, de nouveaux éléments sur l’histoire, la sociologie, la philosophie et la vie, tout simplement.

Dans les dernières années, on nous a rabattu les oreilles avec la possible disparition des manuscrits. Oui, l’impression est possiblement appelée à disparaitre avec l’arrivée des tablettes électroniques, blogs et comptes Twitter en quantité industrielle. Est-ce la disparition de la lecture? Au contraire, de plus en plus de gens se rapprochent de cette activité grâce à l’accessibilité qu’on y a maintenant. C’est l’évolution qui suit son cours, l’écrit qui s’adapte à notre mode de vie. S’il fallait que les livres disparaissent, il y aurait toujours d’aussi bons textes et des auteurs en nombre non-négligeable. Aucune angoisse là-dessus.

Tout de même, rien ne vaut un bon vieux livre ayant passé à travers le temps et les mains de nombre d’inconnus! Alors, de grâce, continuez de visiter ces cavernes d’Ali Baba que sont les bibliothèques municipales, au risque d’y trouver de petits trésors.

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Des coups de cœur parmi tant d’autres, à découvrir si ce n’est pas déjà fait :

Charlotte before Christ

Parce que le premier roman d’Alexandre Soublière nous jette en pleine face les comportements déviants de notre génération dites «Yolo».

La trilogie Millénium

Après avoir lu une centaine de pages durant lesquelles on aurait envie de refermer le livre et de le ranger au fond d’un tiroir, on se remercie d’avoir poursuivi. Un thriller digne des plus grands.

L’auteure Marie-Sissi Labrèche

Cette plume… Un petit miracle touchant et criant de sincérité.

99 francs

Un roman qui frappe dans le mille. Troublant et captivant, 99 francs nous fait voir les aspects repoussants et addictifs à la fois de notre société, à travers le milieu de la publicité.

Photo: WeHeartIt 

La cofondatrice de l’organisation écologiste Équiterre, Laure Waridel, était de passage au Cégep de Jonquière le mois dernier dans le cadre d’une conférence du Fonds Solidarité Sud. Notre journaliste Marie-Eve a eu la chance de discuter avec l’écosociologue à propos de solidarité et de développement international. Ne manque pas son entrevue, disponible dès maintenant!

Dans une ère où nos gestes quotidiens sont dictés par un appareil qui nous colle à la paume 18h sur 24h, il est dur, voir inimaginable, de nous transporter au cœur de coutumes ancestrales dictées par la spiritualité et le contact avec la nature. Pourtant, elles sont bien là, à quelques milliers de kilomètres des plus grandes métropoles du monde occidental.

Ce sont ces coutumes et, surtout, ces acteurs que le photographe Jimmy Nelson a voulu mettre au grand jour par son plus récent projet artistique. Et quel projet! Ce photographe et globe-trotter accompli s’est lancé trois ans dans un trek qui allait lui montrer des réalités jusque-là méconnues du commun des mortels : les quelques trente dernières tribus survivant au cœur des coins les plus reculés du monde.

Jimmy Nelson a sillonné les paysages de la Mongolie, de l’Argentine, du Tibet et de l’Inde, pour n’en nommer que quelques-uns, afin d’apprivoiser le quotidien de ces groupes d’hommes et de femmes qui n’ont pas encore été affectés par le progrès des technologies, devenues partie intégrante de nos quotidiens durant les quelques cent dernières années. Un miracle.

Voici ce que le photographe a déclaré lors d’une interview accordée à la parution de son livre (parce que oui, ce projet est à la base d’un magnifique bouquin) :

«Before They Pass Away était pour moi un projet essentiel, car même si ces tribus continueront d’exister, on assiste chez ces peuples à un abandon de leur propre culture. Les richesses du monde moderne gagnent les pays non développés et, selon moi, il faudrait trouver un équilibre entre ces deux extrêmes. Je veux faire prendre conscience à ces tribus du fait qu’elles sont déjà riches, qu’elles possèdent quelque chose que l’argent ne peut pas acheter. Je souhaite par-dessus tout attirer l’attention sur ces peuples en faisant ressortir leur grande beauté.»

Et c’est ce qui ressort de ce chef-d’œuvre : la beauté que ces tribus possèdent, et que rien, pas même l’argent, ne peut acheter. Une richesse pure, propre à chacun de ces peuples. Des peuples qui considèrent la richesse de la terre comme une croyance profonde, pour qui les liens familiaux sont encore le fondement d’une société et pour qui la spiritualité est omniprésente.

Des êtres sur qui on met rarement les projecteurs et qui tirent pourtant de cet anonymat la plus grande lumière : celle d’être et non d’avoir.

Avec Before They Pass Away, Jimmy Nelson nous donne bien sûr accès à un travail photographique exceptionnel, mais ce qu’il nous offre avant tout, c’est un contact privilégié avec nos ancêtres d’aujourd’hui.

Sur le web : http://www.beforethey.com/

En imprimé (magnifique, mais dispendieux) : http://www.beforethey.com/book

Photo: Jimmy Nelson

Dans les dernières décennies, plus particulièrement avec la venue d’internet, la culture et les mœurs nord-américaines n’ont cessé d’évoluer à une vitesse fulgurante. Nous sommes devenus, sans même le réaliser, avides de nouveautés et de tendances culturelles en tout genre.

Pourtant, à plus de 10 000 km de nous, une tradition dont on ne peut même retracer l’origine exacte persiste : il s’agit de celle des « femmes-girafes ». Ces dernières font partie d’une petite communauté nommée Pa Dong, laquelle vit au sein de la tribu des Karennis –également appelés Karens Rouges. La tribu, jadis établie en Birmanie où elle vivait à l’intérieur d’un état quasi indépendant comportant son propre gouvernement et son armée, fut violement déportée jusqu’en Thaïlande dans les années 90. Vivant maintenant à la frontière des deux pays, un certain nombre de Pa Dong, qui furent emmenées avec la tribu des Karennis, sont devenues un quelconque attrape-touristes en raison de leur modification corporelle particulière.

Cette tradition ne consiste non pas en l’accumulation de plusieurs anneaux autour du cou, mais bien au port d’un long collier-spirale fait de cuivre. Le port de ce collier se fait dès l’âge de 5 ans et il sera remplacé par un plus grand au courant de la croissance de la jeune fille jusqu’à ce qu’il atteigne une trentaine de centimètre et pèse pas moins de neuf kilos! Contrairement à la croyance populaire, les colliers portés par ces femmes n’allongent pas le cou, mais en donne l’illusion en affaissant les clavicules et les cotes et en fragilisant les muscles tout autour du cou. Ainsi, le retrait du collier n’est pas mortel, mais les femmes l’évitent, leur cou étant quelque peu fragilisé et leur peau, meurtrie par le collier de cuivre qui devient en quelque sorte une extension corporelle. Certes, son port ne leur est pas obligatoire, mais nombreuses sont les femmes qui font le choix de le porter pour différentes raisons personnelles.

Par ailleurs, cet aspect particulier de la communauté des femmes-girafes sert d’attraction touristique lucrative. De nombreuses associations de défenses des droits de l’Homme dénoncent donc cette pratique, considérant les femmes exhibées comme dans une sorte de foire. Pourtant, pour les femmes de la communauté des Pa Dong, la conservation de leur tradition et le tourisme engendré par celle-ci leur est positive, puisqu’elle leur permet de participer activement financièrement dans la lutte que mène la tribu des Karennis afin de retourner là d’où ils viennent tous, en Birmanie. Effectivement, ceux-ci sont uniquement accueillis en Thaïlande sous un statut précaire et incertain, ne pouvant ni travailler ni se déplacer librement.

C’est donc fières de leur beauté, de leur tradition et de leurs idéaux que ces femmes perpétuent une tradition dont l’origine reste à ce jour un mystère.

21e siècle. À l’ère de la performance à tout prix, de la surconsommation, du culte de la perfection et de l’innovation. Un monde occidental où industries et multinationales mènent la société par l’univers médiatique et la publicité. Pour une génération où diktats de société riment avec beauté. C’est le triste culte d’un physique parfait, plastique, prédéterminé.

 La minceur attire. La minceur dérange. La minceur obsède.

Notre société associe un corps mince à la volonté, à la séduction et au succès, tandis que le surpoids est perçu comme un signe de paresse et de lâcheté. C’est la dictature de la minceur, devenue omniprésente partout dans les médias et les publicités. Un exemple des plus flagrants de ce phénomène est le dernier scandale provoqué par la compagnie de vêtements suédoise H&M. Celle-ci a affiché sur son site des photos de mannequins présentant ses différents produits. Fait curieux, tous les corps, parfaitement minces, semblaient tous être identiques, mise à part la couleur de la peau. La compagnie a fini par avouer que les modèles ne se trouvaient non pas être de vraies femmes, mais bien de simples corps de synthèse générés par ordinateur, sur lesquels avait été collée l’image du visage d’un vrai mannequin. (!!!!!!!)

Est-ce là notre vision de la beauté en Amérique du Nord? De pâles copies conformes de tous et chacun, lesquelles sont de plus créées par ordinateur tellement notre idéal de perfection est devenu stricte. Ainsi, on ne peut ni se surprendre ni blâmer une génération de jeunes filles et de femmes qui, pour la majorité, ne sont jamais entièrement satisfaite de leur apparence ou bien de leur poids. Le message que notre société leur envoie via des campagnes publicitaires comme celle de H&M et de bien d’autres encore ne peut se traduire autrement que par un désir constant, qu’il soit conscient ou non, de la maîtrise absolue de son propre corps et de l’atteinte du poids idéal. Combien de fois a-t-on entendu une femme de notre entourage dire qu’elle ne peut se permettre tel ou tel aliment, ou bien, encore plus subtil, mais tout aussi réel, en entendre une autre dire qu’elle peut se permettre de manger un certain repas, du fait qu’elle n’a justement pas de problème de poids. Tout compte fait, c’est plus de 50% des femmes ayant atteint leur poids santé qui désirent tout de même maigrir.

Il faut prendre conscience que l’idée de ce corps qui répond aux attentes déformées de notre génération est présente dans l’esprit de chaque femme, affectant ainsi d’une manière ou d’une autre sa qualité de vie. Et cela dans l’intérêt de qui? Nombreuses seront celles qui diront que c’est pour leur propre satisfaction et leur estime personnelle…

En réalité, cette situation est invariablement reliée à l’immense industrie tournant autour de l’image corporelle. Il est question ici de compagnies de prêts-à-porter, de cosmétiques, de produits amaigrissants et de santé, de centres de conditionnement physiques et j’en passe. Ces propriétés capitalistes, pour la plupart américaines, réussissent à réaliser des profits astronomiques grâce à cette obsession de la minceur qu’elles ont créée, puis alimentée par la publicité, et par laquelle une majorité de femmes et de jeunes filles sont maintenant concernées.

Comme le déclare Naomi Wolf dans son livre The Beauty Myth (Quand la beauté fait mal, en français) : «Une fixation culturelle sur la minceur féminine n’est pas l’expression d’une obsession de la beauté féminine, mais de l’obéissance féminine.»

C’est à croire que nous, les femmes, qui nous sommes battues pendant des années afin d’acquérir nos droits d’égalité et de liberté, serions maintenant victimes et prisonnières de nos propres corps? Chacune d’entre nous doit prendre conscience du non-sens de cette situation, qui n’est qu’une arnaque du monde capitaliste dans lequel nous évoluons, pour ainsi nous placer au-dessus de celle-ci.

Bien sûr, la culture dans laquelle on vit nous dictera toujours un certain modèle de beauté à suivre, cela en est le cas pour n’importe quelle société du monde. L’important est toutefois de poser un jugement personnel afin de parvenir à voir la vraie beauté, non pas celle fade et artificielle d’une simple image corporelle, mais bien celle que l’on voit au-delà, à travers la diversité et l’unicité des gens. Car l’apparence d’une personne n’est qu’une infime part de sa nature, celle-ci étant largement complétée par sa présence, sa manière de parler, d’agir, sa personnalité, sa conception de la vie et son histoire. Et c’est cette part d’une personne, irrémédiablement reliée à son aspect physique, qui va venir confirmer la première impression, suscitée par son apparence, de par sa beauté ou sa laideur morale.

Ce n’est donc plus un cliché lorsqu’on dit que ce qui compte, c’est la beauté intérieure.

Appuyez la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée

Photo: We Heart It