Allumée 10866983_924254340920695_718242216_n

2h27 AM. Les cernes sous mes yeux me hurlent de mettre fin aux activités de mon cerveau et de dormir. Pourtant, je réfléchis à cette question depuis un bon moment et je suis simplement incapable d’arrêter la pente fatale qui s’en suit dans mon esprit : Quand est-ce qu’on a arrêté de faire développer nos photos?

Dans chaque maison, il y a nécessairement une étagère dans le salon ou une boîte de carton dans le garde-robe qui renferme de nombreux moments capturés en images et rassemblés dans différents albums. Un peu comme un réfrigérateur, ça vient avec une mince couche de poussière sur le top. Pourtant, lorsque ce sera à nous, Génération Y et plus, d’acheter notre maison, il n’y aura aucune boîte de carton marquée «Albums photos» au Sharpie à déménager. Pourquoi? Parce que la technologie a fini par robotiser un beau partage familial.

Souvenez-vous ce moment où votre mère a ressorti les vieux albums un mardi soir et que toi, ton petit frère et ton père vous êtes rassemblés autour d’elle à la table de la cuisine. Tout d’un coup, vous revoilà au Camping de la Grande Chute avec «mononcle Serge» en 2002. Juste avant, tu venais de remarquer à quel point tes parents avaient l’air heureux dans leur début de relation et de réaliser qu’eux aussi, ils ont déjà été jeunes et rêveurs. Trois ou quatre albums plus tard accompagnés d’une bonne dose de nostalgie, c’est la réalité qui reprend le dessus : messages textes, Facebook #pistoute.

Comment ça se fait qu’on ait laissé la technologie remplacer les bonnes vieilles pages de plastique? En inventant le numérique, on a certainement créé une façon simple et rapide de conserver nos photos-souvenirs. Seulement, c’est bien plus que des cahiers formés de pochettes transparentes qui ont été remplacés : c’est le parfait symbole du partage qui se meurt à petit feu. On va se le dire, il n’y a rien de plus froid et d’impersonnel que de se remémorer il y a dix ans autour du iPad de «matante Sylvie». Ah et, ça ne sert à rien de se le cacher, les photos sur Facebook sont, quant à elles, rapidement oubliées et perdues dans les abimes d’Internet. Quoi dire de celles partagées sur Instagram… Soyons humbles pour un moment : y’a-t-il une forme d’égocentrisme plus poussée que cette application? Et où est-elle, cette clé USB du voyage à Paris de tes parents, déjà? Probablement seule et abandonnée dans une craque de divan mêlée aux vieux sous noirs.

Un album photo, ça a un cœur. C’est né des propres mains de son propriétaire. C’est confectionné avec soin et critique. Un album photo, c’est vivant lorsqu’on le partage en famille assis à la table de la cuisine. Ce qui est le plus dommage, c’est que notre époque est entrain de nous enlever le peu d’humanité qui nous reste en robotisant tout ce qu’il y a de plus humain. C’est notre réalité, notre génération et celles futures. Je suis peut-être un peu idéaliste, j’en conviens. Mais je vous avais prévenu… Il est dépassé 2h27 AM et il y a une pente fatale dans mon esprit.

Photo: We Heart It


À PROPOS DE L'AUTEUR

Ève-Marie Fournier

Jeune rêveuse en apprentissage, j'essaie un peu plus fort chaque jour de trouver la place qui m'appartient. Enfant, j'imitais les bruits d'une sirène de pompier en m'imaginant éteindre les flammes d'une maison prise au piège. Plus tard, je me voyais avec un stéthoscope au cou, marchant dans les corridors d'un hôpital pédiatrique. Aujourd'hui, c'est le milieu des communications qui a su m'offrir le siège le plus confortable. J'affronte chaque journée le plus intensément possible afin de me découvrir de fond en comble. J'embarque dans tous les défis auxquels j'adhère avec le sourire aux lèvres. Car au final, ce qui compte, c'est d'être heureux!

    COMMENTAIRE (1)

  1. Johanne Lachance

    ()

    Ève-Marie, J’adore lire tes textes!!! Ils sont touchants, drôles et sont remplis d’humanité et d’authenticité!!! À quand ton premier bouquin???? je suis preneur n’importe quand!!! bisous xxx

    Répondre

Commentaires