Allumée Untitled

Ça n’a pris que quelques secondes avant que je pose les yeux sur lui. Dès lors, mon cœur s’est arrêté, mon souffle s’est coupé. Il n’était pas question que je cesse de le regarder, de l’admirer.

Il a été le soleil de ma journée, il a chassé tous les nuages de mon ciel.

Non, je ne relate pas ici le début d’une histoire d’amour à l’eau de rose entre le prince charmant et moi.

Il ne s’agit même pas d’amour, de désir ou d’attirance.

Il s’agit plutôt d’admiration, de respect et de fascination.

Il n’était pas comme les autres : une prothèse lui servait de jambe droite et son bras gauche était démuni d’avant-bras. Un vrai guerrier.

L’unicité de la chose provient du fait que nous étions à la «Spartan Race» du Mont-Tremblay ces 23 et 24 mai derniers (vous savez, ces courses à obstacles over intenses) et que, malgré ses membres en moins, il y participait.

J’étais bénévole et il approchait de mon obstacle : le slippery wall.

Derrière moi, les cris de fierté et d’encouragement de sa famille me brisaient les tympans, mais ça m’était égal. Pour dire vrai, mes cris se joignaient aux leurs.

Et c’est là que le miracle s’est produit.

Il a couru vers l’obstacle comme si sa vie en dépendait, puis, il s’est accroché à la corde avec une seule main et a grimpé le mur incliné. Sa prothèse le faisait glisser, mais jamais il n’a abandonné.

C’était le dernier obstacle. Il a descendu l’échelle qui se trouvait de l’autre côté du mur et a filé jusqu’à la ligne d’arrivée où ses proches l’attendaient, impatients de serrer leur héros dans leurs bras.

À ce moment, j’ai doucement remis mes verres fumés pour camoufler mon regard embué et j’ai espéré avoir la force nécessaire pour retenir ces larmes prêtes à jaillir.

Vraiment, «he is a spartan».

Ce jour-là, mon chandail rouge de «volunteer» m’en a fait voir de toutes les couleurs. Des braves ainsi que des moins braves ont défilé devant moi.

Une femme a vaincu sa peur des hauteurs après être restée perchée durant de longues minutes en haut du mur en sanglotant. «I’m scared» disait-elle.

«Come on, you can do it!», lui répondions-nous.

Elle a réussi.

Une autre femme, assez corpulente, a quant à elle tenté de vaincre le monstre trois fois avant de gagner la bataille. Il suffisait de lui tendre la main et de lui donner cette petite tape dans le dos pour qu’elle vienne à bout de la bête.

La renonciation n’est pas une option.

Un jeune homme atteint de dystrophie musculaire m’a aussi jetée par terre. Il était incapable de s’agripper à la corde, mais, en guise de compensation, il a fait plus de burpees que la majorité des autres participants.

Cette victoire m’a fait réaliser qu’aucune excuse n’est valable et que le mental est plus fort que tout. Il suffit d’y croire pour atteindre nos objectifs.

Aucun mur, aucun obstacle n’est trop haut.

Aucun mur, aucun obstacle ne devrait nous faire peur.

Avec un peu de volonté, de courage et de confiance, rien ne peut entraver notre chemin vers la réussite.

À tous ceux qui ont baissé les bras devant l’épreuve à cause d’une vulgaire crampe au mollet, une ampoule ou une épaule endolorie, sachez que vous auriez pu triompher vous aussi. Il suffit de dompter la bête avant de la défaire. Il suffit de dompter sa peur avant de briller.

Photo : Pinterest


À PROPOS DE L'AUTEUR
Coralie Boisvert-Doyon

Coralie Boisvert-Doyon

Sherbrooke, voilà d’où je viens : la ville plus petite que Montréal mais plus grosse que Jonquière. Je suis le genre de fille qui n’aime pas emprunter le chemin facile dans la vie, recherchant toujours à vivre un maximum de sensations fortes. Or, devenir la prochaine Sophie Thibault n’a pas toujours été dans ma liste de priorités. Au contraire, lorsque j’étais haute comme trois pommes, je rêvais plutôt d’être vétérinaire, clown et danseuse de ballet… Comme quoi on évolue un peu avec le temps !

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