Actualité

En disant au revoir à 2014 d’un signe de la main, j’ai eu le souvenir d’une année où le combat féministe a littéralement explosé! Et j’ai senti le besoin de rendre hommage à ces femmes qui ont toutes une chose en commun : avoir fait évoluer l’image de la femme en 2014. Voici donc ma courte liste de ces femmes d’exception :

Sue Montgomery – Élan de solidarité 

La journaliste Sue Montgomery était loin de se douter qu’en dénonçant publiquement qu’elle avait été sexuellement agressée, elle entrainerait avec elle des millions de personnes, hommes et femmes, à briser le silence. C’est au plus fort de la sordide affaire Jian Ghomeshi que les mots-clics #BeenRapedNeverReported et #AgressionNonDénoncée ont déferlé en provenance de partout autour du globe. Il s’agit là d’autant de coups de poing au visage nécessaires à la collectivité pour enfin ouvrir la discussion, sans pudeur, sur les violences sexuelles.

Malala Yousafzaï – Synonyme de courage

Malala Yousafzaï se passe de présentation. L’attentat dont elle a été victime pour avoir dénoncé la violence des talibans et son combat pour l’accès à l’éducation chez les filles est mondialement reconnu. Cette militante pakistanaise est dorénavant la plus jeune lauréate de l’histoire à recevoir le prix Nobel de la paix. À 17 ans seulement, Malala est d’ores et déjà un modèle pour le droit de la femme. Son parcours a de quoi me redonner un peu d’espoir en l’humanité.

Emma Watson– Quand le mot égalité prend tout son sens

Si Hermione Granger a marqué mon enfance, Emma Watson est une figure déterminante dans ma vie de jeune femme. En septembre dernier, à la tribune de l’ONU, elle laisse la planète entière sans voix lorsqu’elle prononce un discours poignant sur l’égalité des sexes. Fière représentante de la campagne HeforShe (Lui pour Elle), elle invite les hommes à se montrer solidaires de la lutte pour l’égalité. Pas étonnant qu’elle soit sacrée féministe de l’année 2014 par l’association Ms. Foundation for Women. À 24 ans seulement, Emma Watson est une icône dans la défense des droits des femmes.

Léa Clermont-Dion – Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en.

À travers ses propres contradictions, Léa Clermont-Dion a créé la controverse en partageant sa propre histoire, ses troubles alimentaires et ses complexes dans le documentaire Beauté fatale. Peut-être un peu maladroitement, Léa appelle un débat qui est nécessaire et offre aux femmes de réagir quant au culte de la beauté. Le web en a fait le procès; les réactions étaient mitigées. Moi, je la félicite si ce n’est que pour avoir poussé la réflexion collective plus loin. Chapeau!

Véronique Hivon – Une avancée historique

C’est maintenant chose faite. L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi 52 sur les soins de fin de vie introduit par la ministre Véronique Hivon. Le projet Mourir dans la dignité permet d’encadrer l’aide médicale à mourir. Une avancée qu’il m’était impossible de passer sous silence!

Anne Dorval – Indignation, consternation et colère

Sur le plateau de l’émission On n’est pas couché, Anne Dorval est hors d’elle… avec raison! Elle se mérite une mention spéciale pour avoir bondi de colère contre les propos homophobes et misogynes du journaliste français Éric Zemmour sur le mariage gai et les droits des femmes. Un petit bijou!

Au final, malgré les débats musclés et parfois crève-cœur, 2014 a été une formidable année de libération de la parole pour les femmes. Fort du bagage qu’elles nous ont laissé, on a de quoi avoir espoir en 2015. Je vous lève ma coupe de vino, mes chères!

Photo: Tumblr

Encore une fois, sous le signe de la fête ou des fameuses «bonnes résolutions», nous entamons ce cher nouvel an. Souvent, ce temps qui marque un passage entre deux années peut signifier, pour certains, un nouveau départ et, pour d’autres, un regard vers l’avant ou encore une simple addition de chiffres. Dans mon cas, l’occasion en est une pour être à l’écoute: à l’écoute des mois passés, à l’écoute des nouveaux objectifs, mais surtout, à l’écoute de ces bombes qui ne cessent de tomber. 

En Amérique et dans tout l’Occident, c’est l’éclat des bouteilles de champagne et du coup de minuit. En Orient, une fois de plus, une fois de trop, c’est le passage à une nouvelle année de pression, de confrontations et, trop souvent, de la perte de l’espoir. Ainsi, la question se pose: «2015 se lèvera-t-elle?» Du moins, se lèvera-t-elle à la grandeur du globe?

D’abord, il ne faut surtout pas voir le tout d’une manière négative. C’est la fête après tout et la dinde n’est pas en voie d’extinction…pas encore! Bref, je tiens surtout à écrire ces lignes pour qu’ensemble nous prenions conscience. Toute l’année, des bombes sont tombées sur Gaza, des tensions ont eu lieu en Ukraine, les groupes terroristes ont fait parler d’eux et il faut seulement se rappeler que le temps des fêtes ne place pas la planète sur pause. Durant nos petits «partys» (bien agréables, en passant!) la Terre n’a pas arrêté de tourner. La preuve: les migraines matinales persistent! Parce que c’est, une fois de plus, ces enjeux mondiaux qui risquent de sonner le réveil de cette année 2015.

Cependant, on parle des gens d’ailleurs, mais ici aussi nous avons nos problèmes, évidemment! Je ne parle pas des combats du Boxing Day, mais entre autres de notre gouvernement qui, aux travailleurs comme aux étudiants, souhaite une bonne année sous le signe de l’austérité. De plus en plus, — avis aux blogueurs mode–, je prédis que les fabricants de vêtements rapetisseront ou supprimeront même les poches, puisque la population n’aura simplement plus rien à y mettre, pas même un sou. C’est ce qui arrive… malheureusement.

Bref, il était une fois la vie sur Terre… Non, mais sérieusement, voyons seulement ce que l’on peut faire, ce que l’on peut comprendre. Prenons des résolutions positives, car on peut faire changer les choses. Il suffit d’un soupçon de volonté, d’un peu de créativité, d’une vision de réalité et tout devient possible. Pensons à l’avenir!

Bonne année, les lecteurs et lectrices!

Photo: Flickr

Mesdames, mesdemoiselles, célibataires ou en couple, préparez-vous. Est arrivé le début d’un long calvaire. Je parle ici de l’arrivée de l’exécrable mois de novembre.

D’abord, il est long. Aucun congé, pas d’évènements spéciaux mis à part… la fête des morts. La fête des morts et l’armistice où on fête également les défunts morts au combat. Et ensuite, le Movember. Oh oui. Je sais exactement quel frisson vous venez de ressentir, j’ai eu le même. Donc en résumé, des morts et des moustaches. Passionnant.

Grâce à cette moustache, je sais que même le plus beau des garçons ressemble à «Monon’c Bertrand», que les filles célibataires calmeront leurs ardeurs quelque temps et que les filles en couple déjeuneront à la crème hydratante. Ok, j’en mets un peu. Peut-être que certaines d’entre vous apprécient, mais personnellement, pour avoir un copain assez barbu, j’en deviens émue à chaque 1er décembre quand le rasoir s’approche.

Malgré tout, c’est pour la bonne cause.

Je suis tout de même allée me renseigner sur la page officielle du Movember. Tant qu’à les voir partout, allons savoir pourquoi. La populaire moustache a été créée pour venir en aide à la santé des hommes. Sur le site officiel, on parle du cancer de la prostate qui est le cancer le plus courant chez les hommes, du cancer testiculaire qui est le plus fréquent chez les jeunes hommes de 15 à 29 ans et on parle aussi, à ma surprise, de la santé mentale. 11% des hommes vivront une dépression grave au cours de leur vie au Canada. C’est écrit noir sur blanc et c’est frappant.

Capitulation

Je crois que c’est là que j’ai compris l’ampleur du mouvement désormais présent dans plus de 21 pays dans le monde. J’ai compris que la moustache est superficielle et qu’on s’habitue (non, on va quand même le mettre au futur) *qu’on s’habituera. Même si ton frère ressemble à «Monon’c Gilles» et même si les bisous de ton copain piquent, il faut les soutenir et mériter le titre de «Mo Sistas». Parce qu’on les aime nos hommes. Il faut prendre soin de nos pères, de nos frères, de nos chums et de nos amis. Au terme de cet article, je suis forcée d’admettre que maintenant qu’il est en Afrique pour 10 semaines, je vais quand même m’ennuyer de la moustache qui pique de mon copain. Mais, il ne faut pas le lui dire. Je n’ai pas envie de me retrouver à embrasser cet amas de poil toute l’année. On va dire que c’est congé pour moi cette année!

Pour faire un don ou pour avoir plus d’informations, je vous invite à aller consulter le site officiel (très bien fait) du Movember.

Photo: Flickr

Mon petit doigt me dit que tu es en train de planifier ton costume pour l’Halloween. Je t’écris donc par mesure préventive. Ouais, je suis là pour t’éviter de faire un faux pas vestimentaire. Je sais, je sais : Jean Airoldi, sors de ce corps. Cependant,  mes contraventions ne punissent pas le style, mais bien le racisme.

OK. Là, tu te demandes sûrement comment j’ai pu sauter de l’Halloween au racisme. Le lien s’explique grâce à un phénomène méconnu, mais bien présent dans notre p’tite routine : l’appropriation culturelle.

À ne pas confondre avec un échange culturel, c’est ce qui se produit lorsqu’une majorité ethnique, sans prendre en considération l’histoire derrière certaines coutumes étrangères, s’en empare. Ces «emprunts», on y assiste au quotidien : le twerking de Miley Cyrus, la mode des mocassins, des Blancs avec des dreadlocks, des kimonos en guise de robes de chambre.

«Ben voyons! Faut ben vivre un moment donné, c’est juste enrichissant!»

Prendre le crédit pour une identité qui n’est pas sienne, c’est du vol au même titre que le plagiat. On commercialise l’exotisme en lançant des lignes de bobettes avec des motifs navajos par exemple. L’industrie de la mode fait des profits sur le dos des traditions amérindiennes tout en les associant à des sous-vêtements. Ça dénature carrément la culture et sans compréhension adéquate, ça peut rapidement virer au sacrilège pour les pratiques à portée religieuse. Sans compter que des stéréotypes négatifs peuvent être renforcés. Le pire dans tout ça – tu l’auras deviné — : les plus grands coupables d’appropriation culturelle sont les Blancs. On fausse la conception collective de cultures qui peinent déjà à survivre par la faute de nos ancêtres. Le colonialisme n’a donc pas réussi à inspirer la délicatesse.

Tu comprends maintenant pourquoi je collerai une contravention à quiconque se pointe le 31 octobre en costume de geishas sexy, de Mexicains avec le kit moustache-poncho-sombrero-maracas ou de terroriste musulman.

Pas de panique. Il y a une marche à suivre.
Susan Scafidi, enseignante en droit à l’Université de Fordham et spécialiste des implications légales de l’appropriation culturelle, a élaboré la technique des 3S :

  1. SOURCE

T’es-tu procuré ton capteur de rêve auprès d’un artisan autochtone ou au Dollarama?

  1. SIGNIFICATION

Est-ce que tu es consciente du caractère cérémonial de ton maquillage de la fête des Morts? Y rends-tu hommage?

  1. SIMILARITÉ

Ton cours de yoga est-il conforme aux racines spirituelles de la pratique? Est-ce plutôt une séance d’entraînement ayant pour but de perdre du poids sur des beats électro?

Photo: Wikimedia Commons

J’ai honte de mon pays. Le Canada est devenu la risée dans le monde en matière d’environnement. Nous sommes en réalité au 24e rang sur 25 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en termes de performance environnementale.

Selon Santé Canada, un Canadien sur deux respire de l’air pollué. Et pendant ce temps, notre gouvernement se retire des traités internationaux, trop préoccupé à servir les intérêts du pétrole et des gaz de schistes.

Plus de 110 états dans le monde reconnaissent le droit de leurs citoyennes et de leurs citoyens de vivre dans un environnement sain. Mais pas le Canada. Nulle part dans notre constitution, il n’est reconnu comme un droit de respirer de l’air pur, de boire de l’eau potable et de manger des aliments sains.

«What the hell is going on?» — David Suzuki

Tout comme plusieurs centaines de citoyens, dimanche après-midi dernier, j’ai pris part au Grand rassemblement des générations au parc Maisonneuve de Montréal. Tous ensemble dans le cadre de la Tournée bleu Terre organisée par l’environnementaliste et grand communicateur scientifique David Suzuki, les militants ont rejoint le mouvement visant à promouvoir un environnement sain et à enchâsser ce droit dans notre Charte des droits et libertés.

Plusieurs artistes se sont joints à David Suzuki et aux citoyens lors de ce rassemblement festif. Parmi eux se trouvaient les porte-paroles Édith Cochrane et Emmanuel Bilodeau, ainsi que Gilles Vigneault, Paul Piché, Lisa LeBlanc, Georges Laraque, François Bellefeuille, Christian Bégin et plusieurs autres.

Les Cowboys Fringants étaient aussi de la partie pour nous rappeler que, même 12 ans après avoir écrit la chanson En berne, «l’environnement, la pauvreté, c’pas des sujets prioritaires [pour les gouvernements], on n’entend pas beaucoup parler, derrière les portes des ministères».

De retour au Québec après 1000 jours à parcourir le monde à bord du Sedna IV, Jean Lemire a également pris le micro du Grand rassemblement pour demander à la nouvelle génération d’agir. Selon le grand cinéaste et biologiste, «l’énorme défi actuel, c’est de sauver notre fleuve St-Laurent qui représente l’approvisionnement en eau potable pour près d’un Québécois sur deux.»

Vous voyez? Le futur se joue maintenant. Pour secouer l’indifférence, pour découvrir le pouvoir du nombre et pour vivre dans un environnement sain : Faites comme plus de 47 000 Canadiens et joignez-vous au mouvement!

Photo: Facebook

On a tous entendu parler du discours qu’a livré Emma Watson à l’assemblée de l’ONU. Il s’agissait de féminisme, d’égalité hommes-femmes, du pouvoir des hommes à changer les préjugés et les préjudices faits aux femmes.

Emma Watson, nommée ambassadrice pour les droits des femmes à l’ONU il y a quelques jours, a relancé le débat sur l’égalité des sexes. De là, il faut bien comprendre que la bataille des femmes n’est pas terminée, ni gagnée malgré que nous soyons riches, malgré que nous vivions du bon côté de la planète, malgré que nous mettions sur le marché de jolis robots(!).

Emma Watson, de belle volonté, a invité les hommes à aider les femmes, à faire partie de la légion féministe (sans blague).

Par contre, il me semble que la clé soit tout autre.

De fait, il est grand temps que nous nous bottions le derrière un peu. Les pétitions, les marches, les manifestations, les statuts publics, c’est beau… ça peut marcher pour quelques minutes, quelques heures peut-être.

Et si chacune de nous se prenait en main plutôt? Et si on arrêtait de déplorer nous-mêmes notre sexe, comme nos arrière-grands-mères apprenaient à le faire malgré elles? Je vous donne un exemple.

Il y a quelques jours, mon pneu a crevé de façon lamentable. Je ne savais pas changé un pneu. Je ne savais même pas que tous les outils dont j’avais besoin sommeillaient dans mon coffre. La galère.

En rentrant chez moi, j’ai bien vu que chaque gars assis au salon en était pourtant capable. Pourquoi donc? Parce que les pères, en général, ne montrent pas ça à leurs filles? Non, non. C’est parce que je n’ai jamais demandé à ce qu’on me montre comment faire.

C’était donc ma faute, pas celle de toutes les entités mâles du continent. Inconsciemment ou non, je m’étais faite à l’idée que je n’avais pas à faire ça, que c’était les gars qui changeaient les pneus dans la vie.

Je me disais féministe : j’ai raté. J’ai abandonné; je n’ai pas su, ni demandé parce que je suis une fille. Constat lâche et malheureux. C’est comme se faire gober par ses propres préjugés : ça fait hyper mal au cœur et à l’esprit.

J’ai dressé la liste des choses que je ne savais pas faire dans la vie pratique et que je laissais toujours aux hommes de ma vie. À ce jour, elle contient «changer une ampoule», «couper un homard en deux» et «monter un meuble de la compagnie suédoise».

La prochaine fois, c’est moi qui ferai tout ça. Vous savez, chaque bataille se gagne grâce aux petits et très petits pas. Il faut simplement arracher nos propres barrières et commencer quelque part.

C’est parti?

Photo: UN Women

Mercredi, l’Internet a été assailli par une vague de protestations pour le maintien de sa neutralité. Des géants comme Microsoft, Amazon et Twitter se sont joints à la levée de boucliers contre le péage pour le réseau que les fournisseurs d’accès internet voudraient imposer avec l’accord du Congrès des États-Unis.

Voilà le gros de la nouvelle, maintenant, la traduction :

La « neutralité d’Internet », c’est un terme plate pour désigner ZE principe fondamental du Word Wide Web : l’égalité. Wowoui. Toute donnée, nonobstant son créateur ou son utilisateur, a droit à la même vitesse de transmission qu’une autre. Pas de filtre, pas de chouchous. Le streaming d’Orange is the New Black sur Netflix circule aussi bien que le vidéo Youtube  d’un conspirationniste nous expliquant sa théorie illuminazie.

Ce sont ces racoins obscurs et parfois franchement inquiétants qui rendent l’internet si précieux. Tout est tellement accessible qu’en moins de deux secondes, on peut passer de la lecture de la biographie de Margaret Thatcher sur Wikipédia à l’achat d’une fiole renfermant les larmes de Jésus sur Ebay.

C’est ce principe fondamental de traitement neutre du contenu que la Federal Communications Commission, l’équivalent américain du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), va altérer en instaurant l’Internet à deux vitesses. Cette ségrégation bénéficiera aux fournisseurs comme Verizon qui feront naturellement en sorte que la voie rapide soit payante. Les sites qui voudront un accès facile au réseau pour leurs visiteurs devront cracher le cash. Facebook n’est pas menacé, mais un Zuckerberg 2.0 ne deviendra pas milliardaire sans d’abord payer l’entrée dans la cour des grands.

S’il y avait bien une place où ça ne prenait pas d’argent pour faire de l’argent, c’était sur le Net. Nous ne sommes pas plus à l’abri en tant que Canadiens parce qu’une fois que la législation d’un pays y freine l’innovation, le Web n’est tout simplement plus le même.

Revendiquons le droit de pouvoir sans embûche s’autodiagnostiquer une tumeur à partir d’un forum de médecine louche, surveiller la frontière américaine pour des immigrants clandestins, lire une fan fiction homoérotique mettant en vedette  Harry Potter et Draco Malfoy, trouver les codes pour rendre nos Sims milliardaires….Tout ça au même titre que déclarer nos impôts sur un site gouvernemental. On va se le dire : les interwebz sont tellement wacks que c’en est magique.

Photo: Flickr Commons – LSE Library

Aujourd’hui, j’ai vu quelque chose de vraiment pas cool dans les étalages de revues à l’épicerie. Alors que j’attendais tout bonnement en ligne à la caisse, la une d’un magazine a accroché mon œil. Écrit en giga majuscules jaunes, il y avait le scandale hollywoodien fraîchement sorti du four: le comportement de la fille de Bruce Willis et de Demi Moore. Je ne suis habituellement pas au fait des frasques des stars, mais là j’étais carrément outrée qu’on traîne Scout Willis dans la boue comme une héritière de Lindsay Lohan. Ce qu’on lui reproche, c’est de s’être baladée les seins à l’air et d’en avoir publié les photos sur les réseaux sociaux. Où les potineux se plaisent à crier au dérapage obscène, il n’y a en fait que militantisme.

Le buzz sur sa nudité est mal placé : loin d’avoir perdu la boule (badumtss!), Scout Willis a déclaré la guerre à la censure des mamelons. Certains lui diront de choisir ses combats, mais sa cause est facilement justifiable si on la relie à celle des lactivistes qui revendiquent le droit des mères à allaiter en public… Ça revient à l’éternelle lutte contre la sexualisation du corps des femmes dans n’importe quel contexte. Ça en dit déjà long que Scout Willis passe pour une dévergondée alors qu’elle prenait une marche la poitrine à l’air dans New York, et ce, en toute légalité. Cela dit, je ne resterais moi-même pas de marbre à la vue d’aréoles exposées, puisque dans notre culture elles ont une forte connotation sexuelle, comme il fut un temps où c’était le cas des chevilles. C’est un grand cheval de bataille du féminisme que la fâcheuse tendance d’associer le physique féminin à l’érotisme.

La question des seins n’en est pas moins épineuse. Sont-ils cachés parce qu’ils sont sexuels? Sont-ils sexuels parce qu’ils sont cachés? Au lit, des lèvres pulpeuses ont indéniablement un caractère coquin, mais elles occupent néanmoins d’autres fonctions pas mal moins sexy au quotidien. Je considère que la même logique devrait être appliquée à nos chers mamelons comme c’est le cas dans certaines tribus africaines libérées du tabou mammaire.

Ding! Ding! Ding! Heure du petit récap historique. Le tabou mammaire affligeait, il n’y a pas plus d’un siècle, les hommes d’Amérique, «Land of the Free», dont les aréoles étaient qualifiées d’immorales par le clergé. Terriblement brimés dans leur liberté d’exhibition de tétons, ils se sont révoltés et ont eu gain de cause en 1936 à New York. En passant, c’est Clark Gable, le kick de nos grand-mères lui-même, qui a en quelque sorte allumé l’étincelle de ce soulèvement en apparaissant le torse délicieusement nu dans un film.

Mais revenons à nos mamelons qui ne sont toujours pas les bienvenus. Facebook se fait un point d’honneur de nous le rappeler. Pour rire un bon coup, vous irez chercher sur le réseau social des photos de FEMEN… Vous voulez des effets de flou? EN V’LÀ! Pourtant, les pages Facebook avec des photos pornographiques dont la nudité est judicieusement calculée ne rentrent pas dans la définition de grossièreté de la plateforme. Tout ça, sur le même site qui a déjà carrément banni une campagne de dépistage de cancer du sein. Si vous me le demandez, l’indécence, elle est dans la censure.

Il faut rendre à César ce qui appartient à César : depuis le mois dernier, les photos de femmes donnant le sein sont tolérées par Facebook. *Chest-bump à Mark Zuckerberg* 

Photo:  Georgia O’Keeffe via Wikimedia Commons

Comme chaque année, avec le soleil qui se fait de plus en plus présent arrivent les conditions propices à une épidémie de harcèlement de rue. Les babouins sortent de leur torpeur hivernale et prennent d’assaut les rues où se baladent les filles dans leurs beaux kits d’été, fraîchement déterrés du fond du garde-robe. Ils se rincent l’œil et ne se gênent surtout pas de passer des commentaires sur ces dernières qui, la plupart du temps, ne désirent qu’une seule chose : se rendre à l’arrêt de bus en paix.

Compliment ou dérangement? Le harcèlement de rue tend à être interprété différemment selon la forme qu’il emprunte. Regard envahissant, sifflement, démonstration des prouesses de la langue, klaxon, exhibitionnisme et même attouchements… Demandez aux femmes de votre entourage : elles en ont vu de toutes les couleurs. Ces microagressions peuvent aussi bien être commises par des wannabe gentlemen croyant nous faire une fleur, que par des macaques. Ces spécimens de mâles alpha ont peut-être l’esprit peu aiguisé, mais ils ne sont pas idiots au point de croire que nous objectifier anonymement est de la séduction. Si ce n’est pas de la cruise, quelle peut bien être leur intention? Croient-ils vraiment nous faire un cadeau en nous donnant leur approbation, comme si la validation d’un homme était le désir de toute femme? Je ne sais pas pour toi qui lis cet article, mais pour ma part, juste me faire dire que je suis belle par une matante au party de Noël me rend déjà assez mal à l’aise, alors imagine donc par Joe Blow, 50 ans, sûrement marié et que je croise pour la première et dernière fois – du moins, je l’espère.

Ces hommes ne prennent pas conscience des répercussions de leurs actes. Le physique féminin passe pour un domaine public dans notre culture : il leur est si accessible sur les panneaux publicitaires et sur le web, alors pourquoi pas dans la rue aussi? Parfois, le discernement semble difficile. Dès qu’une fille met le pied dehors, son corps est en exposition, vulnérable au jugement des hommes. Aux lecteurs masculins de La Cerise, vous pensez peut-être que je dramatise, mais vous ne savez pas ce que c’est que de tenir ses clés serrées dans son poing, de dépendre d’une accompagnateur après une certaine heure, de porter ses écouteurs sans mettre de musique en essayant de se créer une bulle, de se faire violer des yeux au point de demander si nos vêtements ne sont pas assez modestes ou encore de sourire par politesse alors qu’au fond, on repère les passants qui pourraient nous venir en aide. Que le ton se veuille flatteur ou menaçant, le fond reste le même : c’est l’apprentissage de la peur. Au lieu de fournir du poivre de cayenne à des préadolescentes, demandons donc aux hommes des cavernes de ne plus leur donner de raisons d’être sur leurs gardes.

Photo: Wikimedia Commons